Notre lettre 1410 publiée le 4 septembre 2026

MGR. EYCHENNE SE DÉCHAINE

CONTRE LA LIBERTÉ LITURGIQUE

UNE CHRONIQUE
DE PHILIPPE DE LABRIOLLE

Dans "La Croix" du 25 août, Mgr Eychenne, évêque de Grenoble, donne son sentiment à l'encontre des tenants du Vetus Ordo, pour mémoire messe grégorienne millénaire, devenue par la volonté du Saint Pape Pie V la messe emblématique de la Contre Réforme Catholique au XVIe siècle. C'est à ce dernier titre, plus qu'à son ancienneté à proprement parler, que le concile Vatican II a voulu mettre un terme à cette liturgie vénérable, et la remplacer, en commençant par la déconsidérer. Qu'est ce à dire? 

La Constitution "Sacrosanctum concilium" méritait un "sacro-saint" préambule. Le voici: "Le saint Concile (...) estime qu'il lui revient à un titre particulier de veiller aussi à la restauration et au progrès de la liturgie". Pourquoi "restauration"? Pourquoi "progrès"? En quoi la messe dite de Saint Pie V, légèrement retouchée par le Pape Jean XXIII au début de 1962, mérite-t-elle, y compris dans la version récente d'à peine plus d'un an, une "restauration" manquée par le "bon pape Jean". Eh bien la réponse est donnée filandreusement par la Constitution citée. Dès lors que Dieu "veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité ( 1 Tm 2,4), et qu'en l'Eucharistie "s'exerce l'oeuvre de notre rédemption" (secrète du IX dimanche après la Pentecôte), il convient de purifier la liturgie de tout ce qui fait obstacle au retour général des chrétiens séparés. Pour Mgr Eychenne, le nouvel Ordo est le fruit d'un tel travail missionnaire, débuté bien avant Vatican II, et assumé par le "sacro-saint concile". Décédé au printemps 1963, le pape Jean XXIII aurait-il laissé défigurer la messe grégorienne en décembre 1963? Quoi qu'il en soit, Mgr Eychenne estime impérieuse la réception des nouveautés conciliaires au nom de l'autorité, garante de la Tradition réformée. Passé le Grand Soir, les révolutionnaires deviennent d'ardents conservateurs des acquis du Grand Soir. 

Il n'est pas inutile de rappeler que Mgr Eychenne, ancien vicaire général d'Orléans, est d'abord un "Saint-Martin", fort bien considéré par l'abbé Guérin, fondateur, qui en fit l'équivalent d'un "maître des novices" de sa Communauté. Ordonné en 1982 par Mgr Siri, il a opté pour le diocèse d'Orléans en 1994. Bien malin celui qui dira la pensée personnelle de cet ambitieux qui s'est gardé de publier quoi que ce soit, mais s'employait à citer Michel Foucault et autres pointures médiatisés, assuré qu'il était qu'aucun de ses auditeurs n'en avait jamais lu une ligne, ni pouvoir vérifier l'à-propos de la citation. Ainsi, ayant remarqué que l'une des (toutes dernières, 1984) leçons de Foucault au Collège de France s'intitulait "le courage de la vérité", Eychenne se donnait du courage en citant un titre de Foucault donnant du lustre à son discours.

Le courage dont parle Foucault, c'est d'assumer les risques d'exposer sa pensée à l'encontre d'un pouvoir. Or s'il y a bien quelqu'un qui n'a jamais contrarié aucun pouvoir ecclésial, c'est précisément cet Eychenne qui dénonce l'affranchissement de la FSSPX, dont le courage est tenu pour un désastre. Eychenne s'insurge contre la désobéissance qui sape l'autorité romaine, et plus largement, s'il faut l'en croire, toute autorité ici-bas, oubliant que toute autorité civile vient d'en Haut, et non de Rome.

Ayant suivi l'abbé Guérin, Eychenne se fait la voix de son Maître, et s'efforce de présenter le Missale Romanum de Paul VI comme un progrès, notamment par l'accroissement des lectures ( réparties sur trois années liturgiques). Quelle richesse, à l'en croire, alors que la réforme de 1965, puis celle de 69 a fait disparaître les missels, avant même les fidèles. La cohérence sacrificielle et propitiatoire du vetus ordo a cessé d'être enseignée. On connait la suite. C'est donc par quelque lucidité bienvenue qu' Eychenne résume la position qui l'afflige: "Célébrer, même sans exclusive, la messe du Vetus Ordo de façon habituelle, c'est considérer, au moins implicitement, que la messe de la réforme liturgique ne produirait pas autant de fruits spirituels que l'ancien missel". Ce qui est très exactement le cas, si quelque courage de la vérité peut ainsi être énoncé face à la gnose envahissante et apostate de Vatican II, celle d'Eychenne, qui ne transmet, somme toute, que l'aversion du vetus ordo.

Ceux qui optent pour le vetus ordo contestent, à proportion de leur étude des Actes de Vatican II, la réforme imposée depuis le Concile. La crainte d'Eychenne est amplement fondée, alors même que quelque définition des nouveautés s'y montre absente, et que la "réforme" entend s'imposer sans tolérer la moindre critique.

La "trouvaille" d'Eychenne n'est que la redite inlassable de tous ceux qui veulent faire carrière dans l'Eglise: il convient d'exposer plus clairement à tous les rétifs, du simple nostalgique à l'incapable majeur, les insondables richesse du Nouvel Ordo. La thèse de doctorat en théologie de l'actuel archevêque de Rouen, Mgr Lebrun, portait déjà sur les progrès spirituels du bricolage de Bugnini par rapport au rit millénaire. Plus c'est gros, plus ça passe, à Rome. Le papier d'Eychenne n'a, tout bien considéré, qu'un seul destinataire réel, le nonce apostolique. Eychenne doit s'ennuyer à Grenoble. A nous deux, Paris...


Philippe de Labriolle

Psychiatre Honoraire des Hôpitaux


NB : Pour mémoire ci-dessous l'article de La Croix du 25 août



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