Notre lettre 1371 publiée le 15 Mayo 2026

AMIENS... QUIMPER...

UNE MÊME TRAQUE DES BONS PRÊTRES

UNE CHRONIQUE
DE PHILIPPE DE LABRIOLLE

Sous le titre « On demande des prêtres pas trop catholiques pour le diocèse d’Amiens », le Salon Beige relate le 8 mai 2026 la disgrâce de trois prêtres mis à disposition du diocèse d’Amiens par le diocèse de Fréjus-Toulon. Ces trois prêtres, nommés en septembre 2025 pour avoir soin des fidèles de quatre paroisses rurales sont, six mois après la prise d’effet de leur ministère, désavoués par Mgr Le Stang selon le communiqué du 28 avril dernier.

Qu’est il reproché à ces prêtres, et par qui Mgr Le Stang a-t-il été saisi ? Des « raisons objectives » ont été colligées par l’Ordinaire, fondé, dès lors, à faire l’évêque, lequel affirme s’être donné « un long temps de réflexion », et avoir consulté largement. « L’année d’expérimentation », réduite à un petit semestre, est écourtée sans ménagement. Quelles sont donc les « raisons objectives » aussi dirimantes ?

L’Évêque commence par préciser ce qu’elles ne sont pas. Voyons cela : « Je tiens à les remercier pour leur désir de servir la mission de l’Église dans notre diocèse, et pour le travail accompli au cours de ces mois. Je salue le souci de l’évangélisation, de la prière, de la liturgie et de la formation qu’ils ont eu. »

La décision de l’Ordinaire de « ne pas prolonger leur accueil » ne repose pas sur « certaines critiques portées contre eux : port de la soutane, liturgie romaine, souci de fidélité doctrinale et liturgique, exhortation à la cohérence dans la vie morale, distinction entre le cultuel et le culturel ». Quitus, donc, pour ces abbés bien inspirés ? Quels sont alors les « raisons objectives » mises en avant ? Les voici.

« Il fallait cependant (sic!) prendre acte du conflit installé entre eux (les prêtres accueillis) et un certain nombre de personnes, qui entraînait un trouble profond et durable dans les communautés, et un désarroi chez beaucoup. »

En clair, car nous n’en sauront pas plus par Mgr Le Stang, « un certain nombre de personnes » anonymement désignées, se sont déclarées allergiques à l’abbé François-Régis Favre, à l’abbé Eloi Legrand, et à l’abbé Pierre-Marie Brochery, et conflit, trouble et désarroi, dont la matière objective se dérobe, imposaient que l’Ordinaire, faisant taire toute paternité épiscopale vis à vis du clergé mandaté, impute les torts à ceux qu’il a désigné à la vindicte, et non à leurs détracteurs. Les prêtres honoraient leur mission. L’évêque a cru, ou voulu faire croire, qu’il assumait la sienne, celle d’un secouriste.

La vraie question nous paraît être la suivante. Pourquoi Mgr Le Stang, installé à Amiens depuis le 13 mai 2021, connaît-il si mal son diocèse après quatre ans dans ses fonctions, qu’il n’ait pu anticiper l’antagonisme susceptible de surgir entre les prêtres missionnés, venus en renfort et non pas accueillis par humanité, et les paroisses polluées par un laïcat décidé à bouffer du curé. Il est aisé, en cas de détachement administratif, d’y mettre un terme sans instruire un conflit avec justice pour les protagonistes. De cette erreur de casting et de gestion, l’évêque d’Amiens porte la responsabilité intégrale. Il sait qu’il ne peut blâmer les accusés, et prend les révoltés pour légitimes. Sans parler de la naïveté dont il fait montre. Il n’a pas compris que la façon la plus simple d’agresser est de se déclarer victime. Nous conseillons à ce grand émotif de lire René Girard, et notamment « Je vois Satan tomber comme l’éclair » (Paris, Grasset, 1999).

Trois prêtres sont donc ciblés, et renvoyés dans leur diocèse d’origine. Qui va les remplacer ? No problem ! Le vicaire général, tout seul comme un grand, et qui conserve ses fonctions, qui plus est. Quel rôle a-t-il eu dans la purge ? Sa feuille de route fixée par son évêque dans le communiqué du 28 avril dernier ressemble à un tract CGT, et son inépuisable revendication. Si quelque désir mimétique de s’approprier ces quatre paroisses confiées à des « étrangers » lui gâchait le sommeil, à lui de montrer son talent, ou de faire faillite sur tous les points où ses prédécesseurs excellaient, de l’aveu même de Mgr Le Stang. Et si quelque plainte ou détresse est excipée, lui-même « fidei donum », ce sera à son tour de regagner le Sénégal, sa mère patrie, à laquelle il manque déjà…

Ce commentaire ne prétend pas apporter d’information nouvelle. Nous en acceptons a priori le reproche. Cette mésaventure est d’abord celle d’un évêque dépassé, se conformant au bon plaisir de ceux qu’il devrait gouverner. Mgr Le Stang a été ordonné prêtre pour le diocèse de Quimper. Toute similitude avec une triste affaire quimpéroise, impliquant Mgr Dognin, n’aurait aucun caractère fortuit.


Philippe de Labriolle

Psychiatre Honoraire des Hôpitaux

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