Notre lettre 407 publiée le 1 octobre 2013

UN PAPE POUR TOUS, PASTEUR D’UNE ÉGLISE POUR TOUS, MÊME POUR LES FIDÈLES « EXTRAORDINAIRES »  !


Cité du Vatican, 25 septembre 2013 (VIS)

Durant l'audience générale tenue ce matin place Saint-Pierre devant plus de 40 000 personnes, le Saint-Père a poursuivi sa catéchèse sur l'Église, rappelant que dans le Credo on professe son unité. L'Église, qui est unique, est unité en elle-même, bien que répandue sur tous les continents en près de 3 000 diocèses : « L'unité dans la foi, l'espérance et la charité, dans les sacrements et dans le ministère, soutient et tient ensemble le grand édifice qu'est l'Église. Où qu'on aille, dans la plus petite paroisse, au fin fond de la planète, il y a l'Église, l'unique Église. Nous y sommes chez nous, en famille, entre frères et sœurs. C'est là un grand don de Dieu. L'Église est une mais pour tous, non pour les seuls Européens, ou une pour les Africains, une autre pour les Américains, les Océaniens. Non elle est une et pareille partout, à l'instar d'une famille dont les membres peuvent être éparpillés sans perdre les liens les unissant. Peu importent les distances ! ».

Puis le Pape a reparlé des récentes JMJ de Rio, riches de tant de visages, de langues, d'origines et de cultures différentes : « Mais on ressentait l'unité profonde que caractérise l'unique Église, on ressentait cette union de tous que nous ressentons ce matin également. Le chrétien ne peut dire « non, cela ne m'intéresse pas » et rester enfermé dans un petit groupe comme en lui-même, au risque de privatiser l'Église entre amis. Comme catholique, je ressens cette unité et je la vis... Il serait triste d'avoir une Église privatisée par l'égoïsme et un manque de foi. Restons donc tous unis et demandons-nous si nous prions vraiment les uns pour les autres. Prions-nous pour les chrétiens persécutés, pour nos frères et sœurs qui souffrent à cause de leur foi ? Il est important de se projeter au dehors de notre horizon personnel pour se sentir membre de la famille qu'est l'Église. Et puis demandons-nous aussi s'il existe des blessures à l'unité de la famille de Dieu... Il y a parfois des incompréhensions, des tensions et des conflits qui blessent une Église qui n'a pas le visage que nous voudrions, lorsqu'elle ne manifeste pas la charité voulue par Dieu. Mais nous sommes les responsables de ces lacérations. Face aux divisions qui demeurent entre catholiques, orthodoxes et protestants, nous constatons combien il est difficile de rendre pleinement visible l'unité de l'Église. Dieu nous a offert l'unité que nous avons du mal à vivre. Il faut donc faire des efforts, bâtir la communion, éduquer à la communion, dépasser incompréhensions et divisions... car ce monde a lui aussi besoin d'unité, de réconciliation et de communion. Or l'Église est une maison de communion ! ».

Citant enfin l'épître de saint Paul aux Éphésiens, le Pape François a souligné combien le maintien de l'unité dépend de la paix, et que cela nécessite humilité, douceur, magnanimité et amour, des vertus qui sont le fruit de nos efforts. L'Esprit les concède, qui est l'auteur de l'unité dans la diversité car il est harmonie. C'est pourquoi nous devons tous demander au Seigneur de nous tenir unis, de ne pas être des instruments de division. « Comme le dit une belle prière franciscaine, nous devons prendre l'engagement à porter l'amour là où règne la haine, le pardon là où règne l'offense, l'union là où il y a discorde ».




LES RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE


1 – Le Pape François, en évoquant un thème aussi général que celui de l'unité de l'Église que nous professons à chaque Credo, interpelle chaque catholique : pape, évêques, prêtres et laïcs. À la différence de son prédécesseur qui sur ce thème aurait professé une haute synthèse théologique, François, à travers ses paroles simples et fortes, nous donne des axes concrets à suivre : travailler chacun à sa place à la paix et à l'unité de l'Église. Vaste programme : les « incompréhensions », les « lacérations », les « tensions » dont il parle existent, hélas, à tous niveaux, dans tous les diocèses, les groupes, les communautés, les mouvements. Merci, Très Saint-Père, pour ce rappel si évident mais si nécessaire : travailler à l’union dans la charité ! Et par exemple, posons-nous dès lors la question : sommes-nous crédibles lorsque nous disons œuvrer pour la paix et l'unité de l'Église, lorsque nos prières universelles débordent de paroles d'amour, d'accueil et de partage, et que nous rejetons concrètement les aspirations de nos frères qui ne partagent pas notre sensibilité liturgique, « l'Église qui n'a pas le visage que nous voudrions » en somme ?


2 – Une Église pour tous ? Chiche ! « L'Église est une mais pour tous, non pour les seuls Européens, ou une pour les Africains, une autre pour les Américains, les Océaniens », dit le Saint-Père. Et donc on peut aussi dire : « L'Église est une mais pour tous, non pour les seuls pratiquants de la forme ordinaire, ni d’ailleurs pour les seuls de la forme extraordinaire (mais il y peu de danger qu’advienne cette dernière dérive…) ». Car il convient de commencer par balayer la désunion ici et maintenant, devant notre porte. Il serait bien vain de se dire disciple de Jésus-Christ et d'applaudir à ce magnifique discours de François sans se remettre en question sur la question de (l'absence de ?) la paix liturgique dans chacun de nos diocèses, chacune de nos paroisses. L'unité dont parle le Pape ne saurait se construire en choisissant les thèmes sur lesquels elle devrait s'appliquer et en excluant ceux qui nous gênent. La liturgie, qui est par essence le lieu d'expression de la foi catholique et donc de l'unité de l'Église dans la diversité légitime, est un sujet essentiel quant à l'édification de l'unité de l'Église. Force est hélas de constater que, en dépit du changement de mentalité indéniable des dernières années quant à la célébration de la forme extraordinaire dans les paroisses, « il y a parfois des incompréhensions, des tensions et des conflits qui blessent » les fidèles et les prêtres attachés à la forme extraordinaire de l'unique rit romain – lesquels demeurent, dans bon nombre de diocèses, des catholiques de seconde catégorie, des sous-catholiques qui ne méritent rien d'autre que le ghetto et la « parenthèse miséricordieuse ». Comment expliquer que l'Église, qui se veut une, soit le dernier lieu où, en 2013, l'apartheid est encore en vigueur dans bon nombre de diocèses ? Parce que nous avons tous une part de responsabilité et parce que nous sommes tous, à des degrés divers, « les responsables de ces lacérations », il appartient à chaque catholique, pape, évêques, prêtres et laïcs, de poser des actes concrets pour que cessent ces lacérations et ces blessures.


3 – Le tout est dans chaque partie. C’est ce principe ecclésiologique qu’évoque le Saint-Père lorsqu’il dit : « Où qu'on aille, dans la plus petite paroisse, au fin fond de la planète, il y a l'Église, l'unique Église. Nous y sommes chez nous, en famille, entre frères et sœurs. C'est là un grand don de Dieu ». On peut le dire de même de chaque célébration du Saint-Sacrifice de la Messe, qui en quelque sorte « contient » toute l’Église. On peut donc et même on doit dire : « Où qu'on aille, dans la plus petite messe extraordinaire, au fin fond d’une chapelle ou d’une église concédée bien souvent à la périphérie géographique et morale, il y a l'Église, l'unique Église. Nous y sommes chez nous, en famille, entre frères et sœurs. C'est là un grand don de Dieu ». On y est même davantage chez soi, dans la mesure où l’union n’est pas seulement sensible du point de vue actuel, mais où elle est manifestée de manière très forte du point de vue historique, par la qualité traditionnelle de la célébration en forme extraordinaire.


4 – Rappelons d’ailleurs que la forme extraordinaire du rit romain peut et doit jouer un rôle dans l'édification de l'unité de l'Église. Où qu'on aille, en Europe, en Afrique, en Amérique ou en Océanie, la forme extraordinaire est vecteur d'unité :
   – D’une part, l'usage du latin comme langue universelle, le respect des rubriques qui permet au prêtre de s'effacer derrière le mystère du sacrement et qui offre une ressemblance saisissante de la célébration, quel que soit l'endroit où cette liturgie est célébrée. Voilà un trésor commun à toute l'Église et qui transcende les peuples, les races et les cultures.
   – Et d’autre part, le fait de puiser dans les richesses de la Tradition rattache plus directement à l’enseignement de la foi une qu’elles véhiculent et qui fondent solidement l’Église une.


5 – Comme nous sommes heureux d'entendre François mettre en garde contre le « risque de privatiser l'Église entre amis » ! Combien de fois les fidèles attachés à la forme extraordinaire du rit romain n'ont-ils pas eu l'impression, lorsqu'ils demandaient à leur curé l'application du Motu proprio Summorum Pontificum dans leurs propres paroisses, de ne pas faire partie de la famille ou de gêner ? Et comme si une forme liturgique s’était appropriée la paroisse, l’avait privatisée, on  répond souvent : « Retournez chez Mgr Lefebvre ! » même à ceux, très nombreux, qui se sont contentés d'être silencieux dans leur paroisse depuis des décennies. « On ne veut pas de votre messe en latin, les paroissiens ne comprendraient pas »... Que de paroles d'exclusion n'avons-nous pas entendues de la part de ceux qui s'émerveillent des paroles de François ! Combien de mensonges, de manœuvres déloyales ont et continuent d'être utilisés contre les justes aspirations de ce que les organisateurs du pèlerinage à Rome appellent avec justesse le « peuple Summorum Pontificum » ?


6 – Redisons une fois encore, pour conclure, combien la célébration de la forme extraordinaire du rit romain dans le cadre paroissial, à un horaire familial, par le curé de la paroisse, nous semble être un gage de paix et d'unité. Tous rassemblés dans la même paroisse et gardés dans l'unité par le curé, père de tous.

Voilà un petit pas simple, à la portée de toutes les paroisses. Ne pas tenter cette expérience si évidente, ne serait-ce pour commencer qu'un dimanche par mois, c'est se priver d'un moyen concret et facile de construction de l'unité. Il sera bien vain de vouloir faire de grandes choses et de rêver d'unité universelle si l'on n'est pas capable de commencer par nos propres paroisses, où et qui que nous soyons.

Pas de communautarisme, pas de privatisation. Pas d'exclusion au motif que nous ne sommes qu’une « sensibilité ». Ne serions-nous qu’une sensibilité, nous aurions droit à l’existence, mais nous revendiquons en outre cette sensibilité dans sa signification la plus forte, celle du sens de la foi. Nous demandons l'Église pour tous en somme !

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