Notre lettre 444 publiée le 17 juin 2014

UNE FOIS ENCORE, LE PAPE PARLE D’OR : PRIÈRE ET DISCUSSION, OU COMMENT ÉCARTER LES DÉSACCORDS QUI PEUVENT NAÎTRE DANS LES PAROISSES... ET AUSSI DANS NOS DIOCÈSES.

Le 18 mai 2014, avant de réciter le Regina Cœli avec les fidèles réunis Place Saint-Pierre, le pape François a repris le passage des Actes des apôtres qui montre qu'à l'époque – déjà ! – il y avait des différends entre chrétiens, et comment il est possible d’y remédier :

« Ces disputes se déroulent jusque dans nos paroisses... et on ne peut les résoudre en faisant semblant qu’elles n’existent pas... C’est en discutant et en priant que l’on peut régler les différends au sein de l’Église, convaincus de ce que les ragots, les rancœurs et les jalousies ne portent ni à la concorde ni à la paix. Ici également, seul l’Esprit est en mesure de sceller l’entente, ce qui permet de comprendre qu’il en est le guide. C’est Lui qui conduit à l’harmonie, à l’unité et au respect des différents talents. Donc, c’est clair, pas de ragots ni de jalousie. Puisse Marie nous aider à être dociles à l’Esprit afin que nous sachions nous estimer les uns les autres pour converger plus profondément dans la foi et dans la charité, étant ouverts aux besoins de nos frères. »


LES RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE

1 – Sans langue de buis, le pape François aborde le sujet des divisions dans l’Église de manière très concrète : la discorde n’est pas une vague préoccupation abstraite et lointaine ; c’est une triste mais vraie réalité qui existe à nos portes, au cœur de nos propres paroisses, et qu’il convient de combattre avec des armes à la portée de tout homme de bonne volonté : la prière et la discussion. Dans ce mode de l'exhortation familière où il excelle, les propos du Pape frappent par leur simplicité et invitent chaque baptisé à se remettre personnellement en cause. Ils tranchent radicalement avec une triste pratique courante dans bon nombre de diocèses et de paroisses, celle de l’apartheid, qu’il soit humain, catéchétique, pastoral ou liturgique : on ne discute pas la ligne du curé et encore moins celle de l’équipe pastorale !

2 – Bien au contraire, dit le Pape : il faut discuter ! La discussion dont il parle n’est pas le bavardage qui cherche seulement à gagner du temps, à enfumer. Ni la manipulation qui cherche à décourager. La discussion sérieuse suppose l’estime mutuelle, le respect. Comment ne pas alors penser aux innombrables cas où des familles qui demandaient respectueusement à leurs curés l’application du Motu Proprio se sont fait « rouler dans la farine » par des curés et « laïcs engagés » soucieux de conserver leurs privilèges néo-cléricaux en excluant celles et ceux qui ne pensent pas comme eux ? « On verra dans quelques mois » – « Il faudra en parler au Conseil et évaluer la demande » – « C’est un peu tôt, faisons le point régulièrement et avançons discrètement sur ce projet qui nécessitera du temps »… autant de manipulations indignes et d’attitudes opposées à ce que propose le pape François. Faire semblant de respecter son interlocuteur, faire traîner et miser sur le découragement de son interlocuteur sont des méthodes contraires à la simple justice. 

3 – Que nombre d’évêques et de curés qui, depuis sept ans, dénoncent comme « diviseurs » ceux qui demandent qu’il leur soit fait droit, et découragent les fidèles soucieux de se sanctifier dans la forme extraordinaire du rite romain, s’examinent : d’où vient la division ? « Pères, n’exaspérez pas vos enfants ! », dit saint Paul (Ephésiens, 6, 4). De la division qui existe dans leurs propres diocèses, dans leurs propres paroisses, ils ont une responsabilité directe. Que nul ne se cache derrière les conflits lointains ! Voyons, chacun à notre porte, ce que nous pouvons accomplir pour refaire de chacune de nos paroisses des lieux de concorde, de paix et d’unité : la paroisse pour tous, lieu d’accueil des différentes sensibilités liturgiques dont l’unité est garantie par le curé, père de tous les fidèles qui lui sont confiés sans exclusive. 

4 – Les propos du Pape posent finalement la question de la bonne méthode, thème cher à Paix liturgique. Déjà en 2008, nous avions eu l’occasion de déclarer dans La Nef n ° 196 de septembre : « La bonne méthode serait que nous puissions parler avec nos évêques. Or ce n’est pas encore possible à Versailles, Nanterre, Paris ou beaucoup d’autres diocèses… Autrefois, Mgr Thomas, à Versailles, nous avait montré par son exemple que là où le dialogue et l’écoute mutuelle se font naturellement, les difficultés sont presque toujours levées. Dans une telle situation, l’action de Paix liturgique n’aurait plus lieu d’être. » Comment ne pas se retrouver pleinement dans l’appel de François au dialogue et à la prière ? Partout où cela a été mis en œuvre honnêtement, la paix liturgique s’est finalement très vite imposée et les appréhensions ont été dissipées. À l’inverse, là où les idéologues, continuant de voir l’Église telle qu’ils voudraient qu’elle soit, refusent de dialoguer (« Allez-vous en chez Lefebvre, on ne veut pas de vous ici » – « Compte tenu de ce que vous voulez me demander, je ne juge pas utile de vous recevoir »), les différends ouvrent des plaies qui, même lorsqu’elles seront refermées, seront longues à cicatriser.



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