Notre lettre 463 publiée le 3 novembre 2014

LE SALUT AMICAL DE BENOÎT XVI AU PEUPLE SUMMORUM PONTIFICUM ET LA BÉNÉDICTION DU PAPE FRANÇOIS



La troisième édition du pèlerinage international du peuple Summorum Pontificum à Rome a démontré une nouvelle fois la vigueur mais aussi la profonde piété et la joie sereine des fidèles, prêtres, religieux et séminaristes qui vivent leur foi au rythme de la forme extraordinaire du rite romain.


Dans des temps difficiles pour l’Église et ses fidèles – nous pensons à Asia Bibi et aux martyrs de l’Orient plus ou moins proche, notamment – et au lendemain d’un Synode sur la famille quelque peu électrique, le peuple Summorum Pontificum s’est retrouvé autour des tombeaux des Apôtres pour manifester l’éternelle jeunesse de la liturgie romaine traditionnelle. Au même moment, à Lourdes, la Fraternité saint Pie X faisait de même. Gageons que les prières des uns, portées par le Prince des Apôtres et offertes par la Bienheureuse Vierge Marie, seront montées vers le Christ-Roi (que le calendrier traditionnel fêtait ce dimanche 26 octobre) en un unique bouquet spirituel dont le parfum aura été agréable à Notre Seigneur, Roi des rois.




I – LES TEMPS FORTS DU PÈLERINAGE


Dès les vêpres d’ouverture du jeudi, il était évident que le pèlerinage débutait sous les meilleurs auspices. Pour la première fois en trois ans, l’église de la Trinité-des-Pèlerins était pleine dès les vêpres chantées cette année par les séminaristes de l’Institut du Bon Pasteur (IBP) et présidées par Mgr Guido Pozzo, secrétaire de la commission Ecclesia Dei.

Vendredi matin, les pèlerins se sont agenouillés aux pieds de Notre-Dame de l’Enfantement, en la basilique Sant’Agostino, pour un chapelet pour l’enfant à naître dont les méditations, superbes !, avaient été rédigées par Jeanne Smits à la demande du Cœtus Internationalis Summorum Pontificum qui organise le pèlerinage. L’abbé Hausmann, du diocèse de Saint-Pölten, en Autriche, et le chanoine Trauchessec, de l’Institut du Christ-Roi, ont conduit le chapelet que les Sœurs franciscaines de l’Immaculée ont chanté pour le plus grand bonheur des fidèles présents.

Après le Chemin de Croix, récité sur le Palatin, à l’endroit même où saint Léonard de Port-Maurice en a fixé et diffusé la pratique au XVIIIème siècle, les pèlerins ont regagné la Trinité-des-Pèlerins pour le pontifical que devait y célébrer le cardinal Pell, Préfet pour l’Économie du Saint-Siège. Alité, le cardinal avait délégué son secrétaire, l’abbé Withoos, prêtre australien habitué du pèlerinage de Chartres et ancien officiel de la Commission Ecclesia Dei. Au cours de la messe, célébrée pour les 10 ans de Juventutem, l'association qui rassemble les jeunes liés à la liturgie traditionnelle lors des JMJ, l'abbé Withoos a présenté les excuses du cardinal Pell et lu son homélie. En dépit de ce changement de dernière minute, ni la foule des fidèles et des ecclésiastiques(nous n’avions jamais vu la Trinité-des-Pèlerins aussi remplie!), ni le service liturgique, ni la chorale venue de la basilique Notre-Dame de Fribourg n’ont été troublés. Tout prêtre, quel que soit son rang, est identiquement, lorsqu’il célèbre la messe, le représentant du Souverain Prêtre.

Juventutem oblige, de nombreux jeunes étaient présents en sus de la vingtaine de délégués de l’association. Dans le sermon lu par l’abbé Withoos, le cardinal Pell leur a tout particulièrement demandé d’expliquer tout au long de l’année qui vient et en vue de la phase 2 du Synode, « dans la charité et en rendant raison de votre espérance » : « la nécessité de la conversion, la nature de la Messe et la pureté de cœur que les Écritures requièrent pour l’accès à la Sainte Communion ».

Samedi, après une adoration eucharistique très priante, c’est de la superbe et peu
connue basilique San Lorenzo in Damaso, comprise dans le Palais de la Chancellerie apostolique où, pour quelques temps encore, le cardinal Burke a son bureau de Préfet de la Signature apostolique, qu’est partie la désormais traditionnelle procession solennelle vers la Basilique Saint-Pierre de Rome. Les fidèles, précédés d’une centaine d’ecclésiastiques, ont emprunté la « Via del Pellegrino » – la rue du Pèlerin, joli symbole ! – pour gagner le château Saint-Ange puis la via della Conciliazione pour remonter vers la basilique pontificale. À l’entrée de la place Saint-Pierre, plusieurs centaines de pèlerins supplémentaires les attendaient pour franchir le seuil de Pierre en entonnant le Credo, selon l’usage.


Au final, c'est en présence de près de 2000 fidèles, dont au moins 250 ecclésiastiques (une vingtaine de franciscaines de l'Immaculée avaient discrètement pris place au fond de la basilique), que le cardinal Burke a célébré la Sainte Messe, chantée par un groupe de séminaristes du Collège nord-américain de Rome. Parmi les prélats, signalons la présence du cardinal Levada, ancien Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, qui tenait à manifester son amitié envers son compatriote américain. À la sortie de la célébration, le cardinal Burke est sortir de la basilique par le parvis où l’attendaient de nombreux pèlerins désireux de lui témoigner leur gratitude et leur affection. Leur joie était d’autant plus grande que durant la cérémonie avaient été lus par Mgr Pozzo deux messages : l’un, désormais traditionnel , du cardinal Secrétaire d’État au nom du pape François et l’autre, inattendu et chaleureux, du pape émérite Benoît XVI.

Le samedi après-midi, à la Trinité-des-Pèlerins, les séminaristes de l’IBP ont offert un concert spirituel de grande qualité suivi par de nombreux pèlerins malgré la fatigue.

Enfin, le dimanche, c’est un nonce apostolique français, Mgr François Bacqué, qui a clos le pèlerinage à Rome, en célébrant la fête du Christ-Roi à la Trinité-des-Pèlerins, là encore devant une assistance nombreuse. Dans le même temps, en la basilique Saint-Benoît, à Nursie, le cardinal Brandmüller adressait la bénédiction pontificale aux 200 fidèles qui avaient répondu à l’invitation des moines bénédictins – qui y célèbrent in utroque usu – de fêter avec eux la royauté de Notre-Seigneur Jésus-Christ.





II – LE MESSAGE DU PAPE FRANÇOIS


Comme lors des précédentes éditions, c’est par un message du cardinal Secrétaire d’État au cardinal célébrant la messe à Saint-Pierre que le pape s’est adressé aux pèlerins.

À son Éminence Révérendissime,
le cardinal Raymond Leo Burke,
Préfet du Tribunal Suprême de la Signature Apostolique,

à l’occasion du pèlerinage à Rome du Cœtus Internationalis Summorum Pontificum, le Saint-Père
le pape François adresse son cordial salut, souhaitant que la participation au pieux itinéraire auprès des tombes des Apôtres suscite une fervente adhésion au Christ, célébré dans l’Eucharistie et dans le culte public de l’Église, et procure un élan renouvelé au témoignage du message éternel de la foi chrétienne.

Sa Sainteté, invoquant les dons abondants de l’Esprit Saint et la maternelle protection de la Mère de Dieu, vous demande de persévérer dans la prière pour soutenir son ministère universel de successeur de l’apôtre Pierre et adresse de tout cœur à Votre Éminence, aux prélats, aux prêtres et à tous les fidèles présents à cette sainte célébration Sa bénédiction apostolique, propitiatrice d’un chemin fécond sur la voie du bien. 
»




III – LE MESSAGE DE BENOÎT XVI


Lu une première fois le vendredi lors de la messe à la Trinité-des-Pèlerins, cette lettre du pape émérite a été lue une nouvelle fois à Saint-Pierre par Mgr Pozzo, secrétaire de la commission Ecclesia Dei. Il s’agit d’une réponse à l’invitation (*) que le délégué général du pèlerinage, Giuseppe Capoccia, avait transmise à Benoît XVI lors de leur entrevue le 1er septembre 2014.


Cher Délégué général,

Finalement, je trouve le temps de vous remercier de votre lettre du 21 août dernier. Je suis très heureux que l’Usus antiquus vive maintenant dans la pleine paix de l’Église, même chez les jeunes, soutenue et célébrée par de grands cardinaux.

Spirituellement je serai avec vous. Mon état de « moine cloîtré » ne me permet pas une présence à l’extérieur. Je ne sors de ma clôture que dans des cas particuliers, invité personnellement par le pape.

En communion de prière et d’amitié,

Vôtre dans le Seigneur,

Benoît XVI




IV – LES RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE


1) Brésil, Pologne, États-Unis, Suisse, Angleterre, Hongrie, Slovénie, Philippines, République Tchèque, mais aussi Portugal, Danemark, Lituanie et Paraguay, sans oublier France et Italie, bien sûr : c’est un peuple international qui s’est retrouvé à Rome fin octobre, un peuple lié par une foi commune exprimée par une prière communedans une langue commune. Chaque année depuis 2012, le pèlerinage Summorum Pontificum démontre que, par son motu proprio de 2007, Benoît XVI a bel et bien répondu à un désir universellement partagé par de nombreux catholiques. Le responsable de la page Facebook du pèlerinage nous a d’ailleurs indiqué que parmi les plus de 12 500 amis du pèlerinage sur le réseau social, les cinq premiers pays représentés sont le Brésil, l’Italie, les États-Unis, la Pologne, les Philippines ; la France n'arrivant que neuvième, derrière le Mexique, l'Argentine et l'Espagne.

2) Tous les participants au pèlerinage – et les touristes de la place Saint-Pierre – ont été frappés par l’importance du nombre de jeunes clercs parmi les prêtres, religieux et séminaristes présents. Beaucoup de séminaristes, romains notamment, qu'ils soient diocésains ou d'une congrégation religieuse, ont participé à l'un ou l'autre des rendez-vous du pèlerinage. Rendre visible cette jeunesse du clergé Summorum Pontificum est l'un des grands mérites de ce pèlerinage romain. Il ne s'agit en fait que de la manifestation, au cœur de la catholicité, de l'attrait exercé par la liturgie traditionnelle sur les jeunes, ecclésiastiques ou non d'ailleurs. Ce lien fort entre jeune clergé et forme extraordinaire du rite romain est l'une des clés de l'essor à venir de celle-ci dans l’Église. N'en déplaise aux Cassandre de tout bord, l'effet Summorum Pontificum sur la jeunesse n'a pas disparu avec le renoncement de Benoît XVI.

3) Deux messages : celui au nom du pape régnant et celui personnel du pape émérite. L’un invitant au « témoignage éternel de la foi chrétienne », l’autre manifestant, en peu de mots simples mais chaleureux, une proximité amicale qui prouve que Benoît XVI, en dépit des mois dramatiques qu’il a traversés, reste lui-même. La liberté joyeuse qui ressort de la lettre de Benoît XVI au délégué général du pèlerinage nous inciterait d’ailleurs à encourager le Cœtus Internationalis Summorum Pontificum à réinviter l’an prochain le pape émérite. Nous sommes en effet convaincus que le pape François, qui a une nouvelle fois – en inaugurant un buste de Benoît XVI dans les jardins du Vatican – manifesté son affection et son estime pour son prédécesseur, ne saurait priver le pape du Motu Proprio de l’affection des prêtres, séminaristes et fidèles qui, comme l’écrivait l’abbé Barthe, aumônier du pèlerinage dans L’Homme nouveau (n°1574 du 27 septembre 2014), peuvent grâce à lui librement puiser dans le trésor liturgique et théologique qu’il a restitué à l’Église universelle.

***

(*) Voici l’essentiel de la lettre d’invitation transmise par Giuseppe Capoccia au pape émérite :

Nous sommes particulièrement conscients qu’avec son Motu Proprio de 2007, Votre Sainteté a voulu conserver pour l’Église le trésor de l’ancien Missel, avec le souci de ne pas blesser la structure de l’Église : la célébration de la forme extraordinaire se fait désormais paisiblement, sans polémique, au sein de paroisses où est célébrée habituellement la forme ordinaire. Comme Votre Sainteté a eu l’occasion de le dire autrefois, chacun de nous fait partie de telle portion concrète de l’Église locale où il trouve des frères et sœurs de toutes sensibilités. C’est pourquoi notre pèlerinage rassemble un nombre conséquent de séminaristes diocésains et de prêtres de paroisses, dont beaucoup célèbrent selon les deux formes du rite. […]

Oserons-nous en outre demander à Votre Sainteté, à Laquelle nous sommes redevables de tant de bénédictions que nous procure la célébration paisible et « normale » de la liturgie ancienne, la grâce de Sa présence toute simple et amicale lors de la messe du 25 octobre ? Ce serait un bonheur immense pour tous, prêtres, séminaristes, fidèles, de prier avec Votre Sainteté présente au milieu de ses Frères Cardinaux qui nous feront l’honneur d’être avec nous ce jour-là. 
»



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