Notre lettre 580 publiée le 1 février 2017

LE RENOUVEAU DE LA LITURGIE LATINE À PORTO RICO

En 2012, la Fédération Internationale Una Voce communiquait du même coup l’admission de trois nouvelles sections locales sises au pourtour de la mer des Caraïbes : Cuba, Costa Rica et Porto Rico. Cette annonce illustrait alors parfaitement que les effets du motu proprio Summorum Pontificum ne connaissaient pas de frontières et que la demande de messe traditionnelle était universelle.

Cinq ans plus tard, la situation à Cuba semble bloquée. En revanche, un prêtre de l’Institut du Bon Pasteur vient de se rendre en mission au Costa Rica en vue de l’ouverture prochaine d’un apostolat mensuel d’ici. Quant à Porto Rico, deux diocèses y offrent de façon régulière selon la forme extraordinaire du rite romain et l’antenne locale d’Una Voce y entretient de bonnes relations avec les autorités épiscopales.

Grâce au travail minutieux réalisé par un prêtre australien ayant vécu sur l’île de 1989 à 2007, le P. Brian W. Harrison, nous pouvons vous livrer cette semaine le récit du retour de la messe en latin à Porto Rico. Le P. Harrison, religieux des Oblats de la Sagesse, théologien de renom, avait été appelé à enseigner à l’Université Pontificale de Ponce par l'évêque du lieu, Mgr Juan Fremiot Torres Oliver. D’esprit très traditionnel, Mgr Torres Oliver, par ailleurs président de la Conférence épiscopale locale de 1983 à 1994, appréciait l’interprétation « selon la tradition » que le P. Harrison appliquait au concile Vatican II.





I – EXTRAITS DU RÉCIT DU P. HARRISON

a) Les messes Paul VI en latin

« Durant l’épiscopat de Mgr Ricardo Surinach, évêque de Ponce de 2000 à 2003, j’ai célébré deux fois en latin à la cathédrale Notre-Dame de Guadalupe selon le missel de Paul VI. À l’issue de la seconde, j’ai célébré deux autres messes en l’église d’Arroyo où un jeune curé d’origine cubaine s’efforçait de promouvoir fortement le retour du latin dans la liturgie. Hélas, des religieuses présentes sur sa paroisse dénoncèrent ses penchants trop traditionnels à la chancellerie du diocèse et le prêtre prit la route des États-Unis. »

« Sous le mandat de Mgr Félix Lázaro (2003-2015), j’ai pu célébrer une messe Paul VI mensuelle en latin à la cathédrale jusqu’à mon départ de l’île. Le chœur de la cathédrale a pu ainsi se familiariser avec la Missa de Angelis. Cette messe était généralement bien suivie et attira l’attention au point de faire l’objet d’une double page dans le quotidien national El Nuevo Día. Depuis mon départ, je crois qu’aucune autre célébration du Novus Ordo en public n’a eu lieu, non pas en raison d’une quelconque hostilité de l’évêque mais par manque de prêtre désireux de prendre ma suite. »

b) La messe traditionnelle

« En arrivant à Porto Rico en 1989, j’avais dans mes bagages un celebret tout fraîchement délivré par la commission Ecclesia Dei et portant la signature du cardinal Mayer, m’autorisant à célébrer de façon privée selon le missel de 1962. Toutefois, la quasi-totalité de mes messes étant publiques, je n’eus pas l’occasion de l’utiliser durant toutes les années 90. Si mes souvenirs sont exacts, c’est donc le 29 avril 2000 que j’ai célébré pour la première fois la messe traditionnelle à Porto Rico, en la paroisse Saint-Joseph-Artisan de Ponce. Comme la paroisse était confiée à ma congrégation, j’avais plus de liberté pour y célébrer la messe de façon privée. »

« Fin 2001, j’eus connaissance pour la première fois de fidèles portoricains attachés à l’ancienne liturgie. L’un d’eux, don Cancio Ortiz de la Renta, avait écrit au Président de la Fédération internationale Una Voce pour lui demander s’il avait connaissance d’un prêtre susceptible de célébrer la messe traditionnelle sur l’île. Celui-ci, le regretté Michael Davies, lui dit de s’adresser à l’un de ses amis, professeur de théologie à l’Université pontificale de Ponce. J’accueillis volontiers la demande de don Cancio et célébrai donc le 10 février 2002 la première messe traditionnelle organisée depuis la réforme liturgique à l’initiative de fidèles portoricains. Ce fut une messe totalement privée, célébrée dans la salle à manger d’un ami de don Cancio, en présence de 5 ou 6 personnes, pas plus. »

« Attaché à l’héritage espagnol de l’île, don Cancio fonda une association intitulée "Sociedad de San Fernando Rey" pour la renaissance de la messe latine traditionnelle. Cela permit d’obtenir l’approbation épiscopale pour la célébration en forme privée, le 10 mars 2002, d’une messe en l’église Saint-Georges de San Juan, la capitale de Porto Rico. Aucune publicité ne fut donnée à l’événement et seule une poignée de fidèles y participèrent. Dans les années qui suivent, d’autres messes furent célébrées de façon ponctuelle, à Saint-Georges mais aussi dans d’autres églises. La dernière dont je garde le souvenir se tint avant mon départ pour les États-Unis, le 30 août 2007, à ma résidence sacerdotale à Ponce. Don Cancio, affaibli par la vieillesse, n’y assistait plus mais Edgardo Cruz Ramos, futur fondateur d’Una Voce Porto Rico, avait pris sa suite comme animateur de la Sociedad de San Fernando Rey. »


II – LES RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE

1) Un prêtre australien, né dans une famille presbytérianiste, converti au catholicisme à 27 ans, ordonné en 1985 par saint Jean-Paul II, à l’âge de 40 ans, devenant l'artisan du renouveau de la messe traditionnelle dans un pays hispanophone des Caraïbes... non seulement cela illustre bien l’universalité de la liturgie latine et grégorienne mais aussi combien les voies du Seigneur sont impénétrables à notre compréhension humaine. Le récit du P. Harrison témoigne, par ailleurs, du fait que, jusqu'en 2007, il était d'usage pour les prêtres diocésains ou religieux non membres d'un institut Ecclesia Dei, de demander à la commission pontificale romaine un document canonique leur permettant de célébrer selon le missel tridentin. Ce celebret – souvent accordé aussi aux prêtres sortis de la Fraternité Saint-Pie X – indiquait que le prêtre n'était frappé d’aucune censure et pouvait célébrer selon la forme traditionnelle.

2) Le P. Harrison commence son témoignage en évoquant la célébration latine et grégorienne de ce qui est aujourd’hui la forme ordinaire du rite romain. Il nous apprend que son évêque, comme le recteur de la cathédrale, y étaient favorables de sorte qu’il a pu l’offrir de façon mensuelle pendant quatre ans. Le principal quotidien du pays a même consacré une double page à cette « messe en latin ». Pourtant, à sa suite, nul prêtre du diocèse, voire de l’île, n’a jugé bon de poursuivre cette célébration et les fidèles sont, en silence, retournés à la forme ordinaire en espagnol. Cette expérience sans lendemain reflète parfaitement combien, quels que soient les vertueux efforts fournis, la célébration selon les rubriques, en latin et en grégorien, de la messe réformée n’a jamais su trouver sa place dans l’Église, hormis quelques lieux rarissimes (par exemple, en France : Solesmes et les messes dites par l’abbé Guérin à Paris). Par contraste, la persévérance des fidèles de Porto Rico pour obtenir la célébration de la forme extraordinaire correspond admirablement à celle déployée partout où la messe traditionnelle a été, dans un premier temps, défendue, dans un deuxième temps, maintenue, et, depuis 2007, ressuscitée.

3) Si dans le diocèse de Ponce, où officiait le P. Harrison, la messe n’est plus offerte aujourd’hui, elle l’est en revanche, de façon régulière, dans deux diocèses :
- dans celui de San Juan où, en mars 2015, l’archevêque a désigné l’église Santa Ana, dans le centre historique de la capitale, comme siège des célébrations diocésaines organisées par Una Voce Porto Rico ; la messe y est offerte de façon mensuelle voire plus fréquente lorsqu’un prêtre étranger est en visite,
- dans celui de Mayagüez, où le curé de la paroisse des Protomartyrs de l’Immaculée Conception, accueille pour de nombreux jeunes fidéles  depuis l’automne 2016, la forme extraordinaire du rite romain chaque mercredi à midi et chaque premier dimanche du mois.

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