Notre lettre 625 publiée le 27 décembre 2017

Mgr Gullickson : « La messe traditionnelle, dans toute sa solennité, porte vraiment l'évêque »

Précis comme une horloge et exquis comme un chocolat, voici un beau cadeau de Noël venu de Suisse : les très belles lignes publiées par le nonce apostolique, Mgr Gullickson, au lendemain de la messe pontificale dans la forme extraordinaire du rite romain qu'il a célébrée en la basilique Notre-Dame de Fribourg (FSSP) pour la fête de l'Immaculée Conception, le 8 décembre 2017. 

Nous avons déjà eu l'occasion de vous parler de Mgr Thomas E. Gullickson, archevêque titulaire de Bomarzo, lorsqu'il prit ses fonctions de nonce en Ukraine, en 2011 (lire ici), puis en Suisse, en 2015 (voir notre lettre 509). Nonobstant ses lourdes responsabilités, il offre, sur les blogs qu'il tient depuis des années, un témoignage unique sur l'importance que tient la liturgie dans sa vie de (grand) serviteur de l'Église. L'enthousiasme de Mgr Gullickson est tel aujourd’hui – « mon cœur déborde et je dois parler », écrit-il en introduction – que nous nous faisons un devoir de lui donner écho en cette période de joie et d'allégresse de la Nativité.




« Older and better » (*)
Article de Mgr Gullickson, publié le 10 décembre 2017 sur son blog Ad Montem Myrrhae

[…]

Ici, en Suisse, cette année 2017 m'a offert trois occasions – toutes mariales – de célébrer la messe traditionnelle : à Fischingen, pour une messe pontificale solennelle à l'occasion d'un pèlerinage pour le centenaire des apparitions de Fatima ; à Sankt Pelagiberg, pour une messe prélatice pour le Très Saint Nom de Marie ; et, ces jours-ci, à Fribourg, pour fêter l'Immaculée Conception dans la Basilique Notre-Dame. Ces trois moments ont eu un impact positif, vraiment réchauffant et rassurant, sur mon cœur. Il ne fait aucun doute qu'une personne doit tenir son cœur prêt à les recevoir d'une telle manière mais, dans tous les cas, la Tradition ou plutôt, devrais-je dire, la Très Sainte Vierge, a gagné mon cœur de la plus délicate des manières. 

Sans avoir une telle chaire, je voudrais dire ex cathedra que le Vetus Ordo est la façon dont un évêque est supposé célébrer le Saint Sacrifice de la messe. La messe traditionnelle, dans toute sa solennité, porte vraiment l'évêque. La photo ci-jointe l'illustre assez bien : je m'y tiens assis, au centre, mes vieux genoux couverts, et, tandis que le sous-diacre lit l'Évangile en français, je l'écoute en attendant de prononcer mon homélie. Dans le Novus Ordo, au séminaire, lors de l'apprentissage de la messe comme lors des cours d'homilétique, on m'enseignait à être vif, à être proactif... Dans le Vetus Ordo, la liturgie – avec Christ, le Souverain Prêtre, Marie, tous les anges et tous les saints – me transporte de la plus attentive des manières et m'incite à me laisser changer, transformer, vraiment transformer, en Jésus-Christ. La liturgie emporte le vieil homme qui est en moi et fait de moi l'image de quelque chose dont je ne suis pas digne et pour laquelle, du début à la fin, je répète mon Domine, non sum dignus et mon Miserere nobis ! C'est si juste et si adapté à mon âge ! 

Il m'a fallu vraiment beaucoup de temps avant de me laisser aller et permettre aux autres de me faire vivre cette expérience. De toute évidence, un prêtre qui célèbre sa messe quotidienne ou une messe chantée dominicale, sans ministres assistants, doit être au sommet de son art, pour ainsi dire. Je veux juste souligner que l'évêque a la meilleure part de ce voyage, même si nous avons tout intérêt à l'intérioriser au maximum en mémorisant une bonne partie de la liturgie. 

Évêques, faites à l'Église et à vous-même une faveur en acceptant l'invitation [à célébrer une messe pontificale solennelle dans la forme extraordinaire du rite romain, NDLR], si elle vous parvient, et en tenant votre petit et ancien rôle pour que brille cette grande icône qui rayonne du cœur de l'Église de Notre Seigneur ! 

(*) Plus c'est vieux, meilleur c'est ! 

LES RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE 

1) Dans la situation présente de l’Église, la franchise toute simple d’un archevêque, un nonce apostolique de surcroît, exprimant le fond de sa pensée sans détour sur un sujet aussi sensible que celui de la liturgie, nous apparaît comme une hirondelle qui annonce le printemps. Un vrai printemps s'entend, celui du renouveau de l'Église. Un renouveau qui passe, comme le manifeste Mgr Gullickson, par un retour aux fondamentaux. 

2) « Le 13 mai, le vieil homme que je suis a franchi le seuil d'un monde beau et nouveau, ancré dans le Missel romain de 1962 » écrivait Mgr Gullickson le 14 mai 2017, à l'issue de sa première célébration publique de la forme extraordinaire du rite romain pour le centenaire de Fatima. Si on rapproche cette réaction du texte que nous vous proposons aujourd'hui, ce qui frappe chez Mgr Gullickson, c'est sa capacité d'émerveillement. Comme un petit enfant, il n'a pas de scrupule à avouer qu'il a été saisi par la forme extraordinaire, au point de reconnaître publiquement que ce qui le fascine c'est de se laisser transporter par la liturgie et de se plier à son ordonnancement, lui dont la formation sacerdotale, contemporaine de la mise en œuvre du Novus Ordo, a été marquée par le concept du célébrant, acteur et protagoniste. Il témoigne en fait, à la première personne, que la principale qualité demandée à un évêque célébrant un pontifical traditionnel – en particulier dans sa forme la plus solennelle – est l'humilité. 

3) Le témoignage de Mgr Gullickson rejoint celui du moine bénédictin ayant pris part pour la première fois cet été à la célébration d'une messe pontificale solennelle et que nous avons rapporté dans notre lettre 618 : « Vêtu par des mains qui n’étaient pas les miennes et conduit le long d’un chemin qui ne m’était pas familier, j’ai survécu seulement grâce à la communion et au support des ministres assistants. » Là où certains ne veulent voir, et critiquer, que la richesse des ornements et la munificence du rite – récemment, en Italie, lors d'une cérémonie dans la forme extraordinaire qu'il avait pourtant accepté de célébrer, un prélat faisait des siennes en sacristie, refusant de revêtir les ornements préparés par le sacristain –, Mgr Gullickson confirme que la seule chose qui est demandé au pontife, c'est de se faire petit, le plus petit possible, comme l'Enfant-Jésus la nuit de Noël ! 

4) En ce lendemain de Noël, prions pour que de plus en plus de pasteurs, à l'image de Mgr Gullickson, acceptent l'invitation à franchir le seuil de ce monde « beau et nouveau, ancré dans le Missel romain de 1962 », afin que brille toujours plus « cette grande icône qui rayonne du cœur de l'Église de Notre Seigneur » !

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