Notre lettre 630 publiée le 5 février 2018

UNE JEUNESSE SUMMORUM PONTIFICUM SE LÈVE EN HONGRIE

PETITE HISTOIRE DU RÉTABLISSEMENT DE LA LITURGIE TRADITIONNELLE À BUDAPEST 

« Aussitôt après le Concile Vatican II, on pouvait supposer que la demande de l’usage du Missel de 1962 aurait été limitée à la génération plus âgée, celle qui avait grandi avec lui, mais entretemps il est apparu clairement que des personnes jeunes découvraient également cette forme liturgique, se sentaient attirées par elle et y trouvaient une forme de rencontre avec le mystère de la Très Sainte Eucharistie qui leur convenait particulièrement. » Benoît XVI, 7 juillet 2007 

Ces lignes adressées aux évêques du monde entier par le pape Benoît XVI pour expliquer et soutenir la promulgation du motu proprio Summorum Pontificum, collent parfaitement à l’esprit du noyau de jeunes catholiques qui, au début des années 2000, s’est organisé à Budapest pour y demander, dans un premier temps, l’application du motu proprio Ecclesia Dei puis, à partir de 2007, celle de Summorum Pontificum. Rien d’étonnant à ce que le groupe stable local, qui bénéficie de célébrations assurées par les prémontrés de l’abbaye de Gödöllö, ait embrassé la bannière de Juventutem, donnant même à la fédération internationale qui représente la jeunesse traditionnelle lors des JMJ son actuel Président.


Sortie de la messe dominicale à Saint-Michel, au cœur du Vieux-Pest.

I – LES ORIGINES 

Dans notre lettre 628, du 18 janvier 2018, nous avons évoqué la figure du musicien, musicologue et historien Laszlo Dobszay, à l’origine de la redécouverte du patrimoine liturgique hongrois et promoteur de la participation active chère à saint Pie X par le chant grégorien. C’est de lui qu’il faut partir pour suivre l’aventure de la naissance et du développement d’un groupe stable de (jeunes) fidèles dans la capitale hongroise. 

Un an après la sortie de la Hongrie du communisme, Dobszay obtient la réouverture du département de musique sacrée à l’Académie Franz Liszt et en prend la présidence. En 1992, il participe à la fondation de la Société de musique sacrée hongroise (Magyar Egyházzenei Társaság), association interconfessionnelle qui regroupe catholiques, protestants et juifs. Cette association lance, en 1993, une revue trimestrielle de musique sacrée – Magyar Egyházzene – qui, sous la houlette de Balázs Déri, secretaire de l'association, va devenir l’interprète du travail de réflexion liturgique mené dans le sillage de Laszlo Dobszay. 

En 1994, la Société de musique sacrée hongroise organise une année Palestrina, pour le 400ème anniversaire du rappel à Dieu d’un des compositeurs les plus en phases avec les indications musicales du Concile de Trente. Naturellement, des messes sont organisées pour célébrer l’œuvre du musicien. Balázs Déri soulève alors la question du rite : « Peut-on interpréter Palestrina, ou tout autre musicien, sans restituer à son œuvre le cadre liturgique qui était le sien ? » Pour la première fois, la question de la célébration de la messe tridentine est posée dans le pays.


À la fin des années 90, la revue de musique sacrée que dirige Balázs Déri traduit pour la première fois en hongrois les documents romains relatifs à la liturgie traditionnelle : lettre Quattuor Abhinc Annos de 1984 et motu proprio Ecclesia Dei Adflicta de 1988.

II – 2003-2006, LA CONSTITUTION D’UN NOYAU SOLIDE DE FIDÈLES 

C’est à partir de 2003, l’année où Laszlo Dobszay publie son ouvrage en anglais critiquant la réforme Bugnini que tout va s’accélérer. Une messe solennelle semi-clandestine est organisée en l’église paroissiale du quartier de Belvarós, le centre historique de Pest. Le célébrant est le prêtre américain Robert Skeris, alors Président de la Church Music Association of America, et la Schola Hungarica chante la messe. L’église est pleine. 

Durant l’été un groupe de jeunes issus du département de musique sacrée de l’Académie Franz Liszt se rassemble autour de Miklós Földvary pour un séminaire de chant grégorien. C’est la naissance du Capitulum Laicorum Sancti Michælis Archangeli (CLSMA). 

À partir du Carême 2004, les membres du CLSMA vont se réunir de façon régulière pour chanter Matines et Laudes selon l’usage liturgique médiéval d’Esztergom. L’événement est important car depuis l’impératrice Marie-Thérèse, et surtout depuis son fils Joseph II, les ordres religieux contemplatifs ont été brimés au point de quasiment disparaître dans les possessions habsbourgeoises – sauf à prendre aussi en charge des œuvres sociales –, ce qui restait de vie monastique s'éteignant définitivement avec le passage de la Hongrie sous le joug communiste. De fait, jusqu'à cette date, le chant de l’Office n’était plus qu’un lointain souvenir du passé pour tous les catholiques du pays, clercs comme laïcs. 

Comme le revendique le CLSMA, le « chapitre laïc » est né « sous une forme organisée pour promouvoir et mettre en valeur le rôle liturgique originel, de plus en plus oubliée de nos jours, des chapitres cléricaux traditionnels » (les chapitres de chanoines attachés à une cathédrale ou à une collégiale). Une vocation directement inspirée de l’œuvre de Laszlo Dobszay et incarnée par Miklós Földvary qui, prie l’office depuis son adolescence et récite laudes et vêpres en famille depuis qu’il a épousé une ancienne postulante des moniales du Barroux. 

En 2005, les membres du CLSMA sont invités à Wigratzbad, le séminaire de la Fraternité Saint-Pierre (FSSP) en Allemagne pour préparer les JMJ de Cologne. Une vingtaine d’étudiants, accompagnés de deux prêtres, répondent présents et font ainsi connaissance avec le monde Ecclesia Dei. Enthousiastes, ils organisent ensuite un bus pour participer aux JMJ, au cours desquelles, pour la première fois, la liturgie traditionnelle a droit de Cité. Dès lors, le CLSMA ajoute à sa mission celle d’obtenir une célébration régulière à Budapest dans le cadre du motu proprio Ecclesia Dei. 

À l’automne 2006, l’archidiocèse d’Esztergom-Budapest donne son accord pour une célébration mensuelle, confiée à la FSSP. La première messe est célébrée le 12 novembre 2006 en la chapelle du parc de Városliget, par un jeune prêtre venant de Cracovie. 

III – SUMMORUM PONTIFICUM 

Cinq ou six messes sont célébrées jusqu’à ce que le motu proprio de Benoît XVI ne vienne, le 7 juillet 2007, changer la donne. Selon les nouvelles dispositions, la célébration publique de ce qu’il est dorénavant convenu d’appeler « forme extraordinaire du rite romain » dépend des curés. Démarché par le CLSMA, le curé de la paroisse de Belvarós, l’abbé Zoltán Osztie, accepte d’accueillir une telle célébration tous les dimanches mais, dans un premier temps, à un horaire bien peu familial... 15h30 ! 

Le 18 novembre 2007, une première messe, solennelle, est organisée. Une vingtaine de fidèles sont présents, le sous-diacre est un laïc tandis que diacre et célébrant sont venus spécialement de Rome où ils étudient. Ces deux prêtres, tous les deux Hongrois, ont la particularité d’avoir tous les deux étudié à Wigratzbad sans, toutefois, avoir choisi de poursuivre leur sacerdoce au sein de la FSSP. L’un d’eux, le Père Kovacs, est aujourd’hui devenu chanoine prémontré et est toujours le célébrant habituel de cette messe désormais célébrée à midi en l’église Saint-Michel, en plein centre du Vieux-Pest. 

En 2008, une première messe pontificale est célébrée à Budapest, par le nonce apostolique à Vienne, Mgr Edmond Farhat, archevêque maronite libanais. En 2009, Mgr Lajos Varga, évêque auxiliaire de Vác, accepte de venir conférer les confirmations selon la forme extraordinaire du rite romain. En 2010, Balázs Déri et Miklós Földvary, qui y sont enseignants, font célébrer une messe tridentine pour l’anniversaire de l’université de Budapest (ELTE), en mémoire du fondateur, le cardinal Péter Pázmány (1570-1637), qui mit en œuvre les réformes tridentines dans le pays. 


Église Saint-Michel de Belvarós. Au centre de la photo, le lutrin autour duquel se rassemble la chorale grégorienne pour chanter le propre de la messe en hongrois.

IV – LES ANNÉES JUVENTUTEM 

En 2012, Bertalan Kiss, qui a découvert la messe traditionnelle en 2009 grâce au CLSMA, fonde le pèlerinage annuel Peregrinatio Fidei qui rassemble les fidèles attachés à la forme extraordinaire du rite romain en Hongrie et vient représenter les fidèles de Budapest au premier pèlerinage international du peuple Summorum Pontificum à Rome. Les liens tissés à cette occasion vont porter à la naissance de Juventutem Hongrie en 2014. 

L’affiliation du groupe de Budapest à Juventutem international est importante car elle va permettre de mettre en œuvre un travail de communication et de représentation intra-ecclésial qui va, peu à peu, faire tomber les barrières et les préjugés qui entouraient encore les fidèles traditionnels hongrois. Les relations avec l’épiscopat local s’améliorent, d’autres se nouent en dehors de Budapest. 

Au niveau épiscopal, outre Mgr Varga, qui revient volontiers célébrer pour les besoins du groupe stable, d’autres évêques se montrent aujourd’hui disposés à célébrer. Il faut dire que Juventem organise dorénavant un camp chaque été, sorte de mini JMJ, au cours desquelles des prélats sont invités à donner des catéchèses. C’est une occasion unique pour eux de mieux faire connaissance avec les fidèles. Ainsi, Mgr János Székely, évêque de Szombathely, ancien auxiliaire de Budapest, a-t-il célébré des vêpres pontificales lors du camp 2016 et, séduit, est revenu conférer les confirmations en 2017. Lors du camp 2017, qui se déroulait dans son diocèse, l’évêque de Debrecen, Mgr Palánki, a célébré des vêpres pontificales au trône. 

Pour bien comprendre l’excellence des relations entre les fidèles Summorum Pontificum hongrois et leur hiérarchie ecclésiastique, il suffit de savoir, par exemple, que la conférence épiscopale a dépêché un journaliste pour suivre le groupe hongrois qui a participé au 10ème anniversaire du motu proprio à Rome ! 

V – LES RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE 

1) On sait qu’il se passe aujourd’hui des choses très encourageantes dans l’ancienne Europe de l’Est, aussi bien du point de vue politique (notamment la constitution du groupe de Visegrád, qui réunit Hongrie, Pologne, Slovaquie, République tchèque) que du point de vue théologique (par exemple, les réactions des épiscopats polonais, hongrois et slovaque aux novations en matière de morale familiale). Il est dans l’ordre des choses qu’il y advienne aussi des événements de « retour » du point de vue liturgique. 

2) En dehors de Budapest, il existe en Hongrie des groupes stables dans les diocèses de Pécs, Szeged et Veszprém, qui ont des messes régulières, en semaine ou mensuelles, mais pas encore de messes dominicales hebdomadaires. De nombreuses cathédrales ont déjà accueilli des messes ponctuelles, en particulier pour des mariages. Quant à la Fraternité Saint-Pie X, même si elle n'a pour l'heure aucune messe dominicale hebdomadaire et aucun prêtre résident dans le pays, elle y entretient néanmoins plusieurs missions. 

3) Le camp d’été, les cérémonies de confirmation et le pèlerinage annuel au sanctuaire de Mátraverebély-Szentkút sont des activités communes à tous les groupes du pays, organisées sous l’égide de Juventutem Hongrie. Depuis 2014, date à laquelle le CLSMA a passé le relais institutionnel à Juventutem Magyarország, l’objectif poursuivi, explique Bertalan Kiss, est d’atteindre tous les fidèles intéressés pour « leur permettre de former une communauté non idéologisée mais tout simplement catholique », connue de ses pasteurs et en bonne entente avec eux. D’où l’importance du travail de relations publiques et personnelles que Juventutem accomplit auprès des évêques, sans a priori quant à leurs préférences liturgiques. « En côtoyant leurs évêques, les fidèles renforcent leur attachement au Siège de Pierre. Et les évêques comprennent que les fidèles Summorum Pontificum sont des catholiques à part entière », loin de l’image qu’ils ont des traditionalistes militants. Et Bertalan Kiss de conclure : « Comme nous l’a rappelé le cardinal Sarah, nous n’avons pas besoin d’épithète pour nous définir. Nous sommes catholiques, un point c’est tout. »

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