Notre lettre 645 publiée le 22 mai 2018

CARDINAL SARAH : « SILENCE ET PRIMAT DE DIEU DANS LA SAINTE LITURGIE » (2)

La Liturgie est sacrée


Ce lundi de Pentecôte 2018, le cardinal Sarah a célébré la traditionnelle messe finale du pèlerinage de Pentecôte en la cathédrale de Chartres, en présence d’une foule considérable, plus importante que jamais. Tandis que le pape François constatait devant les évêques italiens l’hémorragie des vocations dans la Péninsule, le Cardinal a particulièrement insisté auprès des jeunes qu’il avait devant lui sur l’appel du Seigneur à une vie sacerdotale et religieuse. Son sermon est facilement accessible en ligne, par exemple ici.

Pour notre part, nous vous proposons la partie centrale de la conférence donnée à Rome le 14 septembre 2017 par le Préfet du Culte divin lors du dixième anniversaire de l’entrée en vigueur du motu proprio de Benoît XVI. Riche de pépites, ce texte montre aussi que la défense du célibat sacerdotal que le Cardinal a faite à Chartres ce week-end, face à ceux qui s'activent pour conférer le sacrement de l’Ordre à des hommes mariés, est parfaitement dans la ligne de ce qu'il disait à Rome au sujet du caractère sacré et retiré du monde, tout en y restant plongés, des prêtres, des religieux et des religieuses.



Le cardinal Sarah célébrant la forme ordinaire orientée en 2016 à Londres.

« Silence et primat de Dieu dans la Sainte Liturgie » (2)
Conférence du cardinal Robert Sarah, Préfet de la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, lors du Cinquième Colloque Summorum Pontificum. Université Pontificale Saint Thomas d’Aquin, Rome. 14 septembre 2017.

Le principe de réserver, c’est-à-dire de mettre à part certaines réalités créées destinées au culte de Dieu Tout-Puissant, est quelque chose que le Seigneur Dieu Lui-même n’a cessé d’exiger de nos ancêtres, les Hébreux. Cette pratique a été opportunément adoptée par l’Eglise des premiers siècles, dès qu’elle a pu bénéficier de la liberté de célébrer un culte public. Nous utilisons le mot « consacré », qui vient du verbe latin sacrare - il signifie : rendre saint ou dédier exclusivement à un service particulier - pour désigner les personnes, les lieux et les choses, qui sont mis à part pour le culte de Dieu Tout-Puissant.

Après que les biens de la création de Dieu ont été consacrés, ils ne sont plus disponibles pour un usage ordinaire ou profane ; ils appartiennent exclusivement à Dieu. Ceci est vrai pour les religieux et les religieuses, en particulier les moines et les moniales, les diacres, les prêtres et les évêques, et cet état est ou devrait se refléter sur leurs habits et leurs comportements, même quand ils ne sont pas en train d’exercer un ministère ou un service dans le cadre de la Sainte Liturgie. Cela est vrai aussi pour les divers objets, grands ou petits, qui sont utilisés pour le culte liturgique. L’un des trésors de l’usus antiquior est le corpus très vaste des bénédictions et des consécrations des choses destinées à l’usage liturgique, qui sont insérées dans le Rituale Romanum et dans le Pontificale Romanum. Combien il est émouvant d’assister à la résurgence d’une coutume qui consiste, de la part de ceux qui sont sur le point d’être ordonnés prêtres, de demander à l’évêque de consacrer, avant leur ordination, le calice et la patène, dont ils se serviront tout au long de leur ministère sacerdotal ! Quelle belle expression de foi et d’amour que cette offrande généreuse de ces nouveaux objets destinés au culte de Dieu Tout-Puissant, et qui sont remis au prêtre pour recevoir la bénédiction de l’Eglise avant leur utilisation !

Ces rites et ces coutumes, petits et trop souvent oubliés, nous enseignent d’une manière éloquente que l’ensemble de la liturgie est une réalité essentiellement sacrée, et donc distincte de notre manière d’agir ordinaire et quotidienne. En effet, comme l’enseigne le Concile Vatican II, ces différents éléments nous rappellent que, dans la Sainte Liturgie c’est Dieu qui agit, et non pas nous (cf. Sacrosanctum Concilium, 7, cité ci-dessus). Au cœur de la Sainte Liturgie, c’est Lui qui nous bénit et nous comble de sa grâce, la source de notre salut. Selon le Concile Vatican II : « Toute célébration liturgique, en tant qu’œuvre du Christ Prêtre et de son Corps qui est l’Église, est l’action sacrée par excellence dont nulle autre action de l’Église ne peut atteindre l’efficacité au même titre et au même degré »1. « Ainsi, quand une célébration correspond à ce qu’elle doit être essentiellement, c’est-à-dire « un culte public intégral » et « une action sacrée par excellence » (SC, n. 7), elle ne peut que manifester et promouvoir l’adoration de Dieu Un et Trine, elle resplendit dans la majesté des gestes et des signes, elle manifeste qu’elle n’est pas une simple action humaine, mais « l’œuvre du Christ Prêtre et de Son Corps, qui est l’Eglise » (SC, 7), elle éduque l’homme à la vraie vie, qui est fondamentalement une vie ordonnée à Dieu (ordo ad Deum). Ce Primat de l’Absolu, de l’Eternel, ne peut surgir que de l’humble prise de conscience, de la part des prêtres et des laïcs, que la liturgie n’est pas le lieu de la créativité ou de l’adaptation, mais le lieu du « déjà donné », où le passé, le présent et l’avenir se rejoignent en un instant qui est réellement atemporel »2.

Avant la théophanie du buisson ardent, le Seigneur dit à Moïse : « N’approche pas d’ici ! Retire les sandales de tes pieds, car le lieu où tu te tiens est une terre sainte ! » (Ex 3, 5). Le même commandement s’applique encore plus aujourd’hui à la théophanie permanente de Dieu fait homme pour notre salut, qui s’accomplit partout dans le monde quand la Sainte Liturgie est célébrée avec fidélité, selon les normes établies par l’Eglise. Mais, par rapport au buisson ardent, on peut noter une différence importante : nous sommes invités à nous « approcher », nous sommes invités au saint Festin du Sacrifice du Corps et du Sang du Seigneur. Cette invitation sans précédent ne devrait pas susciter de notre part une familiarité excessive ! Une profonde humilité et stupeur devant Dieu sont requises, si nous voulons participer de façon fructueuse au vivifiant Festin des Noces de l’Agneau, Lui qui est la source de vie (cf. Ap 19, 9)3.

Cependant, cette invitation devrait nous rendre plus généreux. En réponse à l’invitation aux Noces de l’Agneau, nous sommes appelés à offrir au Seigneur rien d’autres que nos prémices (cf. Pr 3, 9), autant matérielles que spirituelles. Nous pouvons contribuer, selon les moyens et les talents reçus de Dieu, à la matière de la liturgie. Mais nous n’oublions jamais l’enseignement des Béatitudes, à savoir que nous devons d’abord être réconciliés et libérés de tout ressentiment par Dieu avant de présenter nos offrandes à l’autel (cf. Mt 5, 24). En effet, toutes nos offrandes extérieures, y compris celles que nous offrons au cours d’un service liturgique, devraient refléter notre relation intérieure avec le Seigneur. Elles devraient provenir humblement du « sacrifice qui plaît à Dieu », d’« un cœur brisé et broyé », comme chante le psalmiste (cf. Ps 50 [51], 19). Autrement, on court le risque d’un ritualisme vide, et même d’une forme de « matérialisme liturgique » ou de pharisaïsme. Ce que nous offrons à Dieu dans la Sainte Liturgie, ce que nous faisons dans le cadre du culte public dans son Eglise, doit être le meilleur possible, mais tout doit être offert en pleine harmonie avec notre vie chrétienne et notre mission, de telle façon que nos actions liturgiques et extérieures soient imprégnées d’intégrité, qui est elle-même quelque chose de saint, de sacré, qui chante la gloire du Dieu vivant et qui agit aujourd’hui dans son Eglise.

Notre réponse au contact avec le sacré : le silence et la stupeur

Dans le livre de l’Apocalypse, nous lisons que, lorsque l’Agneau ouvrit le septième et dernier sceau du livre en forme de rouleau, « il y eut dans le ciel un silence d’environ une demi-heure » (Ap 8, 1). Pourquoi ce silence consécutif au bouleversement cosmique qui a accompagné l’ouverture du sixième sceau ? Les spécialistes nous disent qu’il s’agit du silence de l’attente, de l’anticipation du Jugement implacable de Dieu pour tant de personnes qui ont souffert le martyre tout au long de l’histoire chrétienne. C’est le silence de la stupeur, de l’adoration, en la présence silencieuse du Dieu Tout-Puissant, qui est là et qui s’apprête à agir.

Quand nous rencontrons le sacré, quand nous sommes face à face avec Dieu, nous devenons naturellement silencieux, et nous nous mettons à genoux dans un geste d’adoration. Nous nous agenouillons humblement pris par la stupeur, et en signe de soumission devant notre Créateur. Nous nous mettons à l’écoute de sa Parole, nous accueillons son action salvifique, avec vénération, avant même de la recevoir effectivement dans la liturgie. Il y a des dispositions fondamentales pour entrer en contact avec la Sainte Liturgie. Si je suis plein de moi-même et des bruits du monde, c’est qu’il n’y a aucune place en moi pour le silence. Si l’orgueil humain règne dans mon cœur, de telle sorte que c’est seulement devant ma personne que je suis frappé de stupeur, alors il me sera presque impossible de rendre un culte au Dieu Tout-Puissant, d’écouter sa Parole ou de permettre à cette Parole de prendre racine dans ma vie. Comme l’affirme Romano Guardini : « Si quelqu’un me demandait où commence la vie liturgique, je lui répondrais : par l’apprentissage du silence, sans le silence, tout manque de sérieux et reste vain. Mais qu’est-ce que le silence ? Le silence est le calme de la vie intérieure. Il est la profondeur du courant caché. Il est présence recueillie, ouverte et disponible. Seul le silence peut édifier ce qui va porter la célébration sacrée, à savoir la communauté liturgique, et créer l’espace où cette célébration va s’accomplir : l’Eglise. On peut donc dire sans exagérer que faire silence est le premier acte du service sacré. Mais maintenant, allons un peu plus loin. Le silence, si on le considère sous un autre aspect, implique une relation étroite avec l’acte de parler et avec la parole elle-même. La parole ne prend son importance et sa puissance propres que lorsqu’elle sort du silence. Mais la réciproque est également vraie ici : pour que le silence ait sa fécondité et sa puissance réalisatrice, il faut que la parole s’exprime dans une parole communiquée. Le silence et la parole vont ensemble. L’un suppose l’autre. Même si la liturgie consiste pour une grande part en paroles dites par Dieu ou adressées à Dieu, il faut toujours s’exercer au silence d’où jaillira une parole consistante, régénératrice et bannir le bruit de toute célébration liturgique. En effet, le bruit assassine la liturgie. Le bruit tue la prière. Il nous arrache et nous exile loin de nous-mêmes et de Dieu, qui parle « non point dans l’orage et le tremblement de terre dont la force et violence fendaient les montagnes et brisaient les rochers, mais dans la voix d’un silence subtil (cf. 1 R 19, 12). L’importance du silence pour la célébration sacrée ne peut pas être surestimée, qu’il s’agisse du silence qui la prépare ou de celui qui doit se produire au cours de la célébration. Le silence ouvre la source intérieure d’où jaillit la parole qui se fait prière, louange et adoration silencieuse »4.

Le silence est donc la clef : le silence de la vraie humilité face à mon Créateur et Rédempteur, qui chasse l’orgueil perfide et ferme les portes à la clameur du monde. Les exigences de ma vocation peuvent réclamer de ma part beaucoup d’activités, et même des moyens, jusqu’à ce que je sois de jour en jour noyé dans les bruits du monde. Les dons que le Dieu Tout-Puissant m’a accordés pourraient signifier que je doive recevoir un juste éloge pour ce que je suis parvenu à réaliser pour le servir. Même dans ces circonstances, il est impossible de demeurer dans le silence d’une vraie humilité en présence de Dieu. De fait, si je désire rendre un culte à Dieu et non à moi-même, et encore moins à quelqu’un d’autre, une telle attitude de silence est absolument nécessaire.

Nos rites liturgiques eux-mêmes, en tant que réalisation et célébration des réalités les plus sacrées de l’Eglise, que nous rencontrons dans cette vie, doivent eux aussi être imprégnés de ce silence et de cette stupeur que Dieu suscite. Je fais davantage référence à la consistance du numineux, de la transcendance qui impose des moments spécifiques de silence, qui peuvent parfois être artificiels. C’est ainsi que je peux être silencieux dans mon cœur, mon esprit et mon corps, et être en même temps saisi de stupeur face à Dieu présent dans la Sainte Liturgie, à condition toutefois que celle-ci soit célébrée d’une manière aussi parfaite que possible, et avec cette diversité des rites qui la rend si facile. En cela, les célébrations solennelles de la Sainte Messe dans l’usus antiquior est un excellent paradigme, parce que ses différents niveaux au contenu si riche, ainsi que les points de connexion que l’action du Christ nous offre, nous permettent de parvenir à ce silence du cœur, de l’esprit et du corps. Il s’agit certainement d’un trésor qui pourrait enrichir certaines célébrations de l’usus recentior, qui sont parfois trop horizontales et bruyantes.

De même, les ministres de la liturgie doivent aborder les rites liturgiques qu’ils célèbrent avec les mêmes dispositions de stupeur, de respect et de silence. Nous devons être humbles et manifester un profond respect à l’égard de la Sainte Liturgie telle que nous l’avons reçue de l’Eglise. Le Concile Vatican II dit avec insistance que, hormis les autorités dûment instituées, « absolument personne d’autre, même prêtre, ne peut, de son propre chef, ajouter, enlever ou changer quoi que ce soit dans la liturgie »5. Il ne nous appartient pas de réécrire les livres liturgiques, mus par notre propre orgueil ou celui des autres, qui pensent pouvoir faire mieux que l’Eglise. Il est malheureux qu’une telle tentation puisse exister, aussi bien parmi ceux qui se servent des anciens livres liturgiques que ceux qui utilisent les livres récents. Les pratiques liturgiques non autorisées sont comme des notes discordantes dans la symphonie des rites de l’Eglise, et elles produisent des sons confus qui troublent les âmes. Ce n’est pas de la créativité, et encore moins une vraie pastorale. Non : seule une fidélité fondée sur l’humilité, la stupeur et le silence du cœur, de l’esprit et de l’âme, dans le respect des rites de l’Eglise, est requise de chacun de nous. Ne permettons pas que le péché d’orgueil liturgique s’enracine dans nos âmes !

Quand le prophète Élie fut appelé pour rencontrer le Seigneur sur le Mont Horeb, « il y eut un ouragan, si fort et si violent qu’il fendait les montagnes et brisait les rochers, mais le Seigneur n’était pas dans l’ouragan ; et après l’ouragan, il y eut un tremblement de terre, mais le Seigneur n’était pas dans le tremblement de terre ; et après ce tremblement de terre, un feu, mais le Seigneur n’était pas dans ce feu ; et après ce feu, le murmure d’une brise légère » (1 R 19, 11-12). Et c’est dans ce murmure de la brise légère que Elie rencontra le Seigneur. Chers frères et sœurs, il est impératif que nous prêtions l’oreille à cette voix suave qui nous parle avec calme, sérénité et amour dans la Sainte Liturgie de l’Eglise ; c’est pourquoi, nous devons faire preuve de cette humilité, de ce silence et de cette stupeur révérentielle à l’égard de Dieu, qui nous rend capable d’écouter la Parole de Dieu et d’en vivre d’une manière plus fructueuse.

Le silence du cœur, de l’esprit et de l’âme, clef de la participation authentique à la liturgie 

Le silence du cœur, de l’esprit et de l’âme : n’est-ce pas là la clef qui permet d’atteindre ce que désiraient le mouvement liturgique du XX siècle et les Pères du Concile Vatican II, c’est-à-dire la participation pleine, consciente et effective à la Sainte Liturgie ?6 De fait, comment puis-je vraiment participer fructueusement aux Saints Mystères si mon cœur, mon esprit et mon âme sont obstrués par le péché, couverts par le tumulte du monde, et appesantis par toutes ces choses qui ne proviennent pas de Dieu ?

Chacun de nous a besoin d’un espace intérieur pour accueillir le Seigneur qui accomplit son œuvre de salut dans les rites de Sa Sainte Eglise. Dans le monde moderne, cela requiert un effort de notre part. En premier lieu, je dois purifier mon âme, ou mieux, laisser que Dieu Tout-Puissant la purifie par le sacrement de Pénitence célébré fréquemment, intégralement et en toute humilité. Tant que le péché règne dans mon cœur, je ne peux pas espérer penser profondément à « la source première et indispensable à laquelle les fidèles doivent puiser un esprit vraiment chrétien »7.

En second lieu, je dois m’efforcer - d’une manière ou d’une autre - de mettre de côté, même temporairement, le monde et ses constantes sollicitations. Je ne peux pas participer pleinement et fructueusement à la Sainte Liturgie si j’ai la tête ailleurs. Tous, nous bénéficions des progrès de la technologie moderne, mais les multiples moyens technologiques (peut-être même sont-ils trop nombreux ?), dont nous dépendons, peuvent exercer sur nous leur domination par un flux constant de communication et de questionnements qui exigent des réponses immédiates. Si nous voulons célébrer la liturgie correctement, nous devons laisser tous ces appareils derrière nous. Peut-être est-il très pratique et facile de prier le bréviaire avec son téléphone portable ou son « ipad », mais ce n’est pas digne, car cela a pour conséquence de désacraliser la prière. En effet, ces appareils ne sont pas des instruments consacrés et réservés à Dieu, mais nous les utilisons autant pour Dieu que pour les choses profanes ! Les moyens électroniques doivent être éteints, ou mieux encore, quand nous venons pour le culte divin, nous devons les laisser à la maison. Dans de précédentes interventions, j’ai dit qu’il est inacceptable de prendre des photographies pendant les célébrations de la Sainte Liturgie ; c’est particulièrement un scandale quand ce sont des clercs, revêtus des ornements, qui agissent de cette manière, alors qu’ils sont en plein service liturgique8. Nous ne pouvons pas centrer notre attention sur Dieu, si nous sommes occupés à autre chose ou à manipuler des machines. Nous ne pouvons pas écouter Dieu qui nous parle, si nous sommes occupés à communiquer avec quelqu’un d’autre, ou si nous nous comportons comme un photographe.

De même, nous ne pouvons pas écouter la voix de Dieu, ou nous préparer attentivement à l’entendre, si, dans l’église, nos frères et sœurs sont, eux aussi, à la fois distraits et occupés à faire du bruit. Telle est la raison pour laquelle le silence et le calme sont si importants dans nos églises avant, pendant et après les célébrations liturgiques. Comment pouvons-nous espérer fixer intérieurement notre attention sur Dieu si, dans nos églises, il ne règne que distraction, agitation et bruit ? En faisant cette réflexion, je ne désire absolument pas exclure la juste place de l’orgue ou d’autres musiques qui peuvent favoriser la prière silencieuse et la contemplation, et couvrir le bruit accidentellement produit par les gens qui arrivent, etc… pourtant, l’orgue doit se taire et n’intervenir que de façon judicieuse et respectueuse du silence et du recueillement de l’assemblée en dialogue intime avec son Dieu. Mais je pense vraiment que nous avons besoin de faire un effort pour que nos églises, en particulier la sacristie et le sanctuaire, ne soient pas transformées en des lieux de bavardages, où on se prépare à célébrer la Liturgie à la hâte, de manière superficielle et à la dernière minute, ou simplement en des espaces réservés aux relations sociales. Ils doivent plutôt être des lieux privilégiés qui nous permettent de fixer notre attention sur le Mystère que nous sommes sur le point de célébrer. Il est toujours loisible de fréquenter les autres et de leur parler à l’issue de la célébration, dans un autre endroit, quel qu’il soit, et, c’est justement ainsi que nous devrions nous comporter. Un silence empreint de piété, autant dans l’église que dans la sacristie, devrait constituer en soi une école de la participatio actuosa conduisant tous ceux qui y entrent à ce silence du cœur, de l’esprit et de l’âme indispensables pour accueillir ce que le Dieu Tout-Puissant veut nous offrir par l’intermédiaire de la Sainte Liturgie. S’il est vraiment nécessaire de faire quelques annonces dans l’église, on devrait agir avec déférence et respect en tenant compte du lieu où l’on se trouve, et de l’action que l’on est en train d’accomplir. En dehors de l’homélie, des monitions ou brefs commentaires qui introduisent les lectures bibliques, il faut absolument bannir tout autre discours durant la Sainte Liturgie.

Quand je me prépare à monter à l’autel de Dieu, avant que je n’arrive, je dois laisser de côté mes préoccupations, quelles que soient leur gravité et leur caractère mondain. Une telle disposition intérieure est avant tout un acte de foi dans le pouvoir et la grâce de Dieu. Il peut arriver que je sois totalement épuisé et distrait à cause des tâches que je dois accomplir dans le monde. Il se peut aussi que je me préoccupe sérieusement de mon avenir, ou que je me fasse du souci pour quelqu’un d’autre. De même, je peux profondément souffrir dans l’intime de mon cœur à cause d’une tentation ou d’un doute, ou être blessé par le mal ou quelque injustice commise contre moi-même ou contre des frères et sœurs dans la foi. Bien entendu, il est juste que je supporte avec persévérance ces différents soucis et tracas, car ils constituent une part importante de ma vocation chrétienne. Mais, quand je suis sur le point de célébrer la Sainte Liturgie, je dois déposer toutes ces choses, dans la foi, aux pieds de la croix, et les laisser à cet endroit. Dieu connaît les épreuves que je dois supporter. Il sait mieux que moi combien il m’en coûte de les porter. Dans le silence que j’accepte d’accueillir dans mon âme en déposant mes propres préoccupations aux pieds du Seigneur, Celui-ci désire me transmettre Son amour au moyen des rites que je me prépare à célébrer. Il désire me renouveler, et même me recréer, de telle sorte que je puisse accomplir ce qu’exige ma vocation chrétienne avec une force renouvelée et une vigueur pleinement évangélique.

Une participation pleine, consciente et active à la Sainte Liturgie est fondée sur notre capacité à participer, sur notre réceptivité, et sur notre accueil de ce que Dieu Tout-Puissant désire nous donner. Notre réceptivité dépend de notre docilité, du silence du cœur, de l’esprit et de l’âme. Dans les lieux où nous célébrons les rites de l’Eglise, nous ne pouvons personnellement atteindre de tels objectifs qu’au prix de nombreux efforts et d’une grande discipline tant de notre part, individuellement, que de la part des pasteurs et des curés. Si nous ne consentons pas à un tel effort, le désir du Concile Vatican II concernant la participatio actuosa risque de connaître une réelle frustration. En revanche, si nous respectons le silence, si nous mettons humblement nos cœurs, nos esprits et nos âmes en syntonie avec l’agir du Seigneur dans la Sainte Liturgie, notre rencontre avec Lui sera marquée par une intimité qui ne peut que porter des fruits pour notre vie chrétienne et notre mission dans le monde.

(à suivre)

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1) Sacrosanctum Concilium, 7.
2) Don Marino Neri, dans Corrispondenza Romana, juillet-août 2107.
3) Puis l’ange me dit : « Écris : Heureux les invités au repas des noces de l’Agneau ! » Il ajouta : « Ce sont les paroles véritables de Dieu ». Alors, je me jetai à ses pieds pour me prosterner devant lui.
4) Cf. Romano Guardini, La Messe, Éditions du Cerf, Paris, 1957, pp. 20-25.
5) Sacrosanctum Concilium, 22 § 3.
6) Sacrosanctum Concilium, 14.
7) Ibidem.
8) SARAH Card. Robert, « Vers une application authentique de Sacrosanctum Concilium », Londres, 5 juillet 2016.

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