Notre lettre 731 publiée le 28 janvier 2020

A JÉRUSALEM, SUR LA VIA DOLOROSA, LA MESSE TRADITIONNELLE A L'HOSPICE AUTRICHIEN




L’Hospice autrichien de la Sainte Famille est la plus ancienne maison d’accueil des pèlerins au cœur de la vielle ville de Jérusalem, à quelques centaines de mètres du Saint-Sépulcre. L’Hospice autrichien a pour recteur, depuis 2004, l’abbé Markus Stephan Bugnyar, né en 1975 à Vienne, prêtre du diocèse d'Eisenstadt, professeur honoraire à l'Université philosophique et théologique Benoît XVI à Heiligenkreuz. Il est magnifique de constater que c’est là que, depuis deux ans, est célébrée l’unique messe dominicale officielle pour les fidèles attachés à L’usus antiquior. Nous remercions l’abbé Markus Stephan Bugnyar d’avoir si aimablement accepté de nous donner son témoignage sur cette aventure qu’il a accueillie et suivie jusqu’à aujourd’hui.


João Silveira – Cher Père, vous êtes le recteur de l’Hospice autrichien de Jérusalem.

Abbé Markus Stephan Bugnyar – En effet depuis plus de 15 ans je suis le recteur du plus ancien centre d’accueil des pèlerins à Jérusalem. Chaque année nous y recevons plusieurs milliers de personnes venant bien sûr en majorité des pays germaniques, mais aussi du monde entier en sachant que notre hospice se trouve sur la Via dolorosa, elle-même au cœur de la veille ville de Jérusalem, à quelques centaines de mètres du Saint-Sépulcre. Cela fait que j’ai une occasion unique de connaitre, de fréquenter et de mesurer les demandes et les souhaits des pèlerins qui se rendent en Terre sainte. 


João Silveira – Pendant toute cette période avez-vous rencontré des pèlerins qui étaient attachés à la liturgie traditionnelle ?

Abbé Markus Stephan Bugnyar – Depuis que je suis ici, j’ai constaté cet intérêt. Nous avons des pèlerins, des individus ou des groupes, qui recherchent la célébration de la messe traditionnelle. Et je dirais que c’est un intérêt constant que l’on trouve au sein des pèlerins venant à Jérusalem. Mais les personnes qui passent ici en parlent davantage depuis la publication du motu proprio Summorum Pontificum du pape Benoît XVI.


João Silveira – Cette tendance s’est-elle donc accentuée ?

Abbé Markus Stephan Bugnyar - Oui, surtout depuis que la messe traditionnelle (en rite dominicain) a commencé à être célébrée ici à l’hospice, par le père Antony, qui est un dominicain de l’Ecole biblique (*), il y a eu un intérêt de plus en plus grand pour cette messe. Il existe maintenant un groupe permanent de jeunes, mais aussi de religieux, des sœurs et des frères. Et ce nombre de personnes assistant régulièrement à la messe dominicale de rite dominicain est en constante augmentation. Ces fidèles manifestent un profond intérêt à poursuivre et à approfondir leur manière de participer à cette liturgie. Ils chantent maintenant et ils ont formé une petite schola. Il s’agit donc d’un groupe stable de fidèles vraiment motivés à assister à la messe du dimanche dans le rite traditionnel.


João Silveira – Qu’est-ce qui vous a amené vous-même à célébrer la messe traditionnelle ?

Abbé Markus Stephan Bugnyar - J’ai moi-même commencé à célébrer la messe traditionnelle il y a quelques années, à la suite de la promulgation du motu proprio. Celui-ci m’avait surpris, car auparavant je ne pensais pas plus que cela à cette messe. Mais dans ce contexte un de mes amis, en Autriche, m’a fait découvrir la communauté des prêtres de la Fraternité Saint-Pie-X, à Vienne. Et c’est là, pour la première fois que j’ai assisté à la messe dans le rite tridentin. C’était déjà bien après mon ordination sacerdotale. J’ai été surpris et ne pouvais pas expliquer ce que je ressentais. Après quelques semaines, j’ai retrouvé cet ami et nous avons de nouveau assisté à la messe avec cette communauté spécifique. Et cette deuxième fois, j’ai soudain réalisé beaucoup de choses. J’ai mieux compris ce qui m’était venu tout d’abord à l’esprit : la spiritualité et la beauté ; le fait que tous les mouvements et tous les gestes ont leur place, leur symbolisme, leur message, leur signification pour celui qui célèbre, mais aussi pour les personnes qui y participent. Et j’ai soudain compris que c’était en fait une grande aide pour les prêtres, pour le clergé. Du coup, le célébrant n’est plus obligé de se mettre au centre, mais il a seulement à s’appuyer sur cette tradition, sur cet héritage, sur ce trésor que nous avons dans l’Église catholique, en célébrant cette liturgie. Cela a provoqué un changement dans ma mentalité. J’ai donc commencé à apprendre le rite tridentin et à le pratiquer. Et, depuis quelques années, je célèbre la messe en privé, dans notre chapelle, ici à l’Hospice. Bien sûr, si des pèlerins viennent, ils peuvent y assister.


João Silveira – Pensez-vous que cela a eu des conséquences sur votre vie de prêtre ?

Abbé Markus Stephan Bugnyar – Tout à fait. Et cela a également eu un effet sur la façon dont je célébrais le Novus Ordo. Depuis que j’ai commencé à célébrer le rite traditionnel, cela a eu un impact sur la « qualité » du Novus Ordo, parce que j’ai changé littéralement de perspective : il ne faut pas se concentrer autant sur la communauté des fidèles, mais se concentrer beaucoup plus sur Dieu, et amener les intentions et les intérêts des fidèles vers Dieu. Donc, je n’hésiterai pas à dire qu’après le motu proprio du pape Benoît XVI, ma spiritualité de la messe s’est en fait approfondie. J’en retire beaucoup de profit. Je suis très heureux d’avoir eu la chance d’en remercier moi-même le Saint-Père dans une audience que j’ai eue, il y a quelques années.


João Silveira – La chapelle n’a qu’un autel ad Orientem, également utilisé dans la messe Novus Ordo. Vous pensez sans doute qu’avoir un prêtre et des fidèles tournés dans la même direction aide la célébration.

Abbé Markus Stephan Bugnyar – Le problème, nous le voyons malheureusement trop souvent, est que les prêtres pensent qu’ils doivent faire, réaliser, livrer quelque chose. Alors que, tourner le clergé et les fidèles vers l’autel principal, ad Orientem, concentre les yeux, les prières et le cœur des gens sur ce qui l’essentiel, c’est-à-dire bien sûr Dieu et non le prêtre, et son apport personnel. Nous avons à beaucoup plus compter sur la présence de Dieu. Le devoir d’un prêtre est de faire, comme ministre, que Dieu crée lui-même cette attention, afin qu’Il puisse avoir ce contact avec les gens. Le prêtre n’est pas la fin de la messe, c’est Dieu. Je suis fortement en désaccord avec ceux qui me disent qu’ils fréquentent telle ou telle église à cause du prêtre. Si quelqu’un assiste à la messe à cause du prêtre, c’est un signe qu’il y a quelque chose qui ne va pas dans la compréhension de la liturgie.

J’ajoute que le face à face du prêtre et des fidèles, signifie en quelque sorte que l’on dessine un cercle fermé en lui-même. Et la question est de savoir où est la place de Dieu dans un tel groupe.


João Silveira – L’Hospice autrichien est le seul lieu à Jérusalem où est célébrée tous les dimanches une messe traditionnelle, et concrètement, dans le rite dominicain. Comment cette messe a-t-elle commencé ?

Abbé Markus Stephan Bugnyar - Le rite dominicain de la messe du dimanche a commencé il y a environ deux ans. Tout a débuté avec des étudiants qui assistaient déjà à la messe du dimanche, ici à l’Hospice. Ils ont réalisé qu’il était possible de m’approcher et de me demander si nous pouvions ouvrir la chapelle pour le père Anthony et le rite dominicain traditionnel. Cela a donc commencé comme une question toute simple, ce qui est très significatif car, en cette matière, les gens devront simplement apprendre à ouvrir la bouche et à poser une question simple. Et assez souvent, vous vous rendez compte que beaucoup de choses sont possibles dans ce domaine dès lors que vous en parlez.


João Silveira – Cette célébration a-t-elle porté ses fruits ?

Abbé Markus Stephan Bugnyar - Je pense que oui. Par exemple, aujourd’hui, les gens nous envoient des e-mails avant de venir à Jérusalem, essayant de s’assurer que le Père Anthony célèbre bien ici la messe du dimanche. Bien sûr, le rite dominicain a des particularités au sein du rite traditionnel, mais nous réalisons que le rite traditionnel provoque un intérêt continu de la part de ceux qui le pratiquent. Ils demandent « désespérément » le rite tridentin. Je trouve qu’il est dommage que nous soyons les seuls, dans toute la Terre sainte à offrir cette possibilité, alors que le Saint-Père a souligné que cela fait partie de la tradition de l’Église catholique. Cette possibilité pour les fidèles d’assister à la liturgie comme l’Église romaine l’a toujours prévu doit donc exister, en particulier à Jérusalem et en Terre sainte. Ce devrait être partout une option et tous ceux qui se sentent plus attachés à ce rite devraient pouvoir en profiter.


João Silveira – Y a-t-il de nouveaux projets ici à l’Hospice autrichien concernant la liturgie traditionnelle ?

Abbé Markus Stephan Bugnyar - Nous continuons d’abord ce que nous avons établi. Ensuite, le Père Anthony dit également d’autres messes, les jours fériés. Cela vient aussi de ce groupe d’étudiants. Ils vont voir le Père Anthony, et lui me demande si c’est possible tel jour, car il y a ici un passage de nombreux groupes, et la chapelle peut déjà être réservée. Il y a donc un intérêt croissant pour que soit célébré le rite traditionnel, non seulement le dimanche, mais aussi les jours fériés et les jours de fêtes importantes pour marquer toute l’année liturgique.


* L’École biblique et archéologique française, située à Jérusalem, fondée et dirigée par l’ordre dominicain, est un établissement français d’enseignement supérieur et de recherche, spécialisé dans l’archéologie et l’exégèse biblique, fondé en 1890 par le P. Lagrange, dominicain de la province de Toulouse.


Austrian Hospice

Via Dolorosa 37

91194 Jerusalem

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