Notre lettre 1183 publiée le 5 avril 2025
ADIEU À L’HOMME SANS QUALITÉ.
DEUX MANDATS POUR RIEN...
UNE NOUVELLE CHRONIQUE
DE PHILIPPE DE LABRIOLLE
Mgr Eric de Moulins Beaufort, après deux mandats et six ans d’exercice, n’est plus le président de la conférence des évêques de France. Le 25 mars 2025, il a été remplacé par le cardinal Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille, qui fut déjà son challenger pour l’élection de 2022.
A Lourdes, en 2012, celui qui n’était encore qu’évêque auxiliaire de Paris (2008), s’était fendu d’un discours-programme, intitulé : « L’Église, signe de Dieu et annonciatrice de la Paix ». Jouant de l’ambiguïté des termes, le prélat trompait un vain peuple, sans vergogne. Par un renversement des alliances, l’Ordinaire signifiait que l’Église, épouse du Christ, n’était plus l’Arche du Salut des âmes, ce qu’elle avait pour mission d’être par volonté du Sauveur lui-même.
Mais à ne se vouloir qu’un organisme international pacifiste parmi d’autres, l’Église fondée par Jésus-Christ était exposée, par la nouvelle gouvernance, à ne devenir qu’un sel affadi exposé au destin historique des sociétés moribondes. Assez logiquement, M-B suggéra que l’Église n’avait pas à craindre pour sa survie, dès lors qu’animée par quelque démiurgie divine, l’Institution serait cautionnée, sous réserve d’unité irréfragable, en somme de discipline, pardon, de communion.... De quoi s’agissait il ?
Si l’on en croit Descartes, Dieu créateur de l’esprit humain, valide l’évidence des idées claires et distinctes. L’effet premier de cette validation s’appelle la certitude. Par analogie, et pour l’ambitieux M-B, Dieu valide, au présent, la pensée unifiée du corps épiscopal. Cette animation platonicienne au présent se suffit à elle-même, sans arrimage à la Tradition. La divinité qui cautionne, selon M-B, a-t-elle oubliée son Verbe fondateur, refoulant la Tradition dans un passé révolu ?
Il est important de percevoir la subversion qui anime ce discours novateur : l’unité épiscopale, assurée de la caution divine, par certitude et non par vérité, n’est astreinte à aucune orthodromie de gouvernance selon la Tradition bimillénaire. Pour l’énoncer autrement, l’Église « signe de Dieu » sera au quotidien ce que Dieu cautionne par la voix de M-B. Allons plus loin : L’Église, en France tout au moins, sera ce que M-B affirmera qu’elle est, en monôme avec la CEF. A supposer qu’il en devînt le Président, ce qui fut fait en 2019.
Cette subversion de la certitude tenant lieu de vérité, qui établit la praxis institutionnelle de l’Église comme normative, et façonne une Église subversive de façon beaucoup plus efficace que toutes les controverses théologiques, n’est autre que la subversion conciliaire « répandue et communiquée ». Le mantra conciliaire de l’esprit du concile, selon lequel l’Esprit, affranchi du Christ, voulait faire toutes choses nouvelles ; et ceci pour complaire à un monde prêt, au prix d’une révolution de palais dans l’Église, à s’y engouffrer, tel est le mensonge le plus évident de la constitution pastorale « Gaudium et Spes ».
Ce qu’exposait doctement l’auxiliaire de Paris, en 2012, était déjà implicite dans les esprits mitrés. Lorsqu’en 1995, après moult provocations médiatiques sous forme d’opposition à la théologie morale de l’Église, Mgr Gaillot fut déposé par Rome du siège épiscopal d’Évreux à la demande de la CEF, la faute décisive n’était pas d’outrager l’Église et le Ciel par ses abus verbaux, mais celle de manquer à l’unité épiscopale. Dès 2000, Mgr Billé réintégrait l’exclu, communion, partant crédibilité, oblige. L’exclu Gaillot restait scandaleux. En 2024, l’exclu Mgr Rey était valeureux, donc insupportable à ses pairs. Une molle médiocrité, sinon rien.
Lorsque, le 07/07/2017, le motu proprio « Summorum Pontificum » libère la célébration de la Messe Tridentine, la réalité s’impose : la lex orandi traditionnelle, hier interdite de facto par Paul VI, ne cesse d’attirer, contrairement au novus ordo multiforme, qui vide les paroisses. La bronca de nombreux évêques français s’explique sans peine. La réforme conciliaire est, sous l’angle du regain ecclésial, un échec total. Mais comme praxis de sabordage, c’est une réussite exemplaire. La foi des fidèles pratiquant les paroisses diocésaines est, selon des sondages officiels, un bêtisier. La pratique religieuse elle-même est tombée à 2 % dans l’hexagone. Bref, l’esprit du Concile saccage l’héritage catholique.
Pour avoir, en 2012, exposé la doxa rendant compte de la praxis épiscopale, M-B dévoilait que la « communion » était, pour l’Église malade du concile, le dernier recours de quelque convalescence. L’enquête menée par la CIASE en 2021, et son bilan adopté sans critique par M-B, était mise à profit. Salir l’Église s’avérait nécessaire pour la déconsidérer afin de la réformer. Le collapsus canonique des diocèses, compliquant le collapsus magistériel de Nos Grandeurs, établissait la responsabilité personnelle de chaque évêque négligeant ses devoirs, mais tout étant plus ou moins prescrit, toute instruction judiciaire ne pouvait aboutir. Acheter le silence des victimes, elles-mêmes saisissant l’aubaine d’être crues sur parole, sans discussion, était ce bien judicieux pour redorer le blason d’une Église maltraitée, en voie de déconsidération.
Si l’on ajoute que la « honte », surjouée médiatiquement, n’était accompagnée d’aucune démission, ni de M-B, ni de la présidente de la CORREF, il apparaissait que l’heure était aux faux semblants, notamment aux étages enviés du pouvoir. Les cafouillages en direct quant aux plaintes déposées contre l’abbé Pierre, dont le comportement de chèvre-pied était connu depuis les années 50, n’ont fait qu’aggraver la disqualification du président préférant ses certitudes à la vérité.
Représentant de cette gentry favorisée qui a adopté sans barguigner la proscription de toute chrétienté visible, depuis Gaudium et Spes, M-B n’a pas déploré la décomposition de toute transmission chrétienne chez les familles ayant fait ce même choix funeste. Par quelque praxis sournoise, non encore élucidée par un discours revendiqué, M-B et ses semblables ne cessent de dévitaliser les baptisés exigeants, de stigmatiser la « virilisation » des jeunes troupes qui se tournent vers la messe traditionnelle. Les manifestations collectives du culte public.par les jeunes générations sont le démenti le plus évident de sa doxa personnelle, qui le pousse à déconsidérer ce qui lui est odieux.
L’entretien donné au « Pèlerin » le 25 mars 2025 dévoile le « compendium », non de la Foi Catholique reçue des apôtres, mais au contraire de la « certitude » de ce clerc monté en graine, dénué de tout charisme, et dont la fin de mandat mériterait d’être arrosée si nous n’étions en Carême. Notons cette gnose, dont l’objectif est curieusement proche de celui des ennemis de l’Église : « Le Christ a créé l’Église pour qu’elle porte l’Evangile au monde et qu’il soit un ferment de liberté spirituelle ».
Certes, avec Saint Jean, nous savons la promesse du Christ « La Vérité vous rendra libres » (Jean, 8, 30/36). Mais depuis quand la liberté spirituelle, sans guide assuré, conduit-elle à la Vérité ? Il faut que M-B retourne au Catéchisme.
« Le Christ n’a pas fondé l’Église Catholique pour créer des États catholiques, ni même une société catholique ». Curieux aphorisme du même, tellement démenti par l’Histoire de l’Église. Plus c’est gros, plus ça passe ? Un peu de sens commun : s’il avait lu « Les politiques » d’Aristote, ou encore « la Cité de Dieu » de Saint Augustin, M-B saurait que l’État, en sa forme païenne plus ou moins sophistiquée, a toujours précédé le déploiement ecclésial, lequel s’adresse à une humanité intégrée, loyale à ses guides naturels, soucieuse de justice et craignant d’offenser ce qui la domine. Christianisées, les cohortes acquises au Christ ne cessent pas de faire société, selon la réciprocité des services. Ivraie et bon grain croissent sans que la société cesse d’être hétérogène sur le plan sociologique. Mais si l’esprit des lois n’est pas celui qu’insuffle l’Église, c’est celui des ennemis de l’Église qui s’en empare, au nom de la liberté du « non serviam ».
Ce n’est pas de l’Evangile que M-B nourrit son besoin de faire des phrases, mais de l’aplomb d’un inspiré qui, absurdement certain d’être cautionné d’en haut, dévoile son apostasie profonde. Le Barbouillé de mai 2020, retoqué par le Conseil d’État, n’est plus qu’un jaloux parmi d’autres, stérile. Descendu du perchoir, cet homme sans qualités retourne à l’indistinction dérisoire des mitres alignées.
Philippe de Labriolle
Psychiatre Honoraire des Hôpitaux